53,boulevard du Commandant-Charcot, Neuilly-sur-Seine
L'édifice sis au 53 boulevard du Commandant-Charcot, à Neuilly-sur-Seine, présente un intérêt moins par son état originel de 1813 que par les transformations substantielles qu'il subit à la fin du XIXe siècle, sous l'impulsion de la famille Charcot. C'est en effet l'extension et la refonte des façades, orchestrées par l'architecte René Simonet, qui confèrent à cette demeure son caractère le plus singulier, la faisant passer d'une construction bourgeoise sans doute plus sobre à une expression architecturale d'un pittoresque assumé. Cette recomposition, savamment détaillée par Pierre Chabat dans son ouvrage Le bois Pittoresque, adopte le style alors en vogue de la villa néo-normande ou du chalet, un éclectisme cher à une bourgeoisie aspirant à une certaine évasion, même en banlieue parisienne. L'emploi de la charpente bois apparente n'est pas qu'une simple coquetterie décorative ; il structure l'ensemble des éléments rapportés : les toits débordants aux pentes généreuses, les lucarnes passantes qui percent avec audace la masse de la toiture, les bow-windows offrant des échappées visuelles sur le jardin, ainsi que les balcons et loggias qui fragmentent le plan de façade, instaurant un jeu complexe de pleins et de vides. La tourelle, enfin, achève cette composition en ajoutant une touche d'élégance verticale, presque médiévale, à l'ensemble. L'intérieur, dont l'atelier, le salon et la salle à manger sont spécifiquement mentionnés dans l'inscription aux Monuments Historiques, devait sans doute refléter cette même quête de confort et d'originalité. On peut aisément imaginer les lambris, les cheminées monumentales et les décors d'époque, participant à cette atmosphère de retraite bourgeoise et cultivée. Il est piquant de noter que Jean-Martin Charcot, le père, éminent clinicien et neurologue de la Salpêtrière, dont le travail sur l'hystérie marquera son siècle, choisit un cadre si expressif pour sa résidence, un contraste peut-être avec la rigueur scientifique de ses recherches. Son fils, Jean-Baptiste Charcot, l'explorateur polaire né en ces murs en 1867, aurait pu trouver dans la fantaisie structurale de cette maison, ses balcons ouverts sur l'extérieur, un lointain écho à l'appel de l'aventure. On y perçoit une dialectique subtile entre l'ancrage familial et l'ouverture sur le monde, incarnée par cette architecture qui, loin de se cantonner à une forme classique, ose l'expression d'une certaine liberté. Cette demeure, restaurée pour ses toitures en 2016, est un témoignage éloquent de l'architecture domestique de la Belle Époque, où le pastiche de styles régionaux ou exotiques servait à affirmer une identité et un statut social, loin des canons haussmanniens plus austères. Elle illustre avec une certaine désinvolture la capacité de l'architecture à se transformer, à s'adapter aux goûts et aux ambitions de ses occupants, plutôt qu'à rester figée dans une pureté stylistique originelle.