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Hôtel des Réservoirs

Hôtel des Réservoirs

7, 9 rue des Réservoirs, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel des Réservoirs, discret mais lourd d'histoire, ne révèle son importance qu'à l'observateur attentif. Érigé en 1751 par Cailleteau dit Lassurance pour Madame de Pompadour, cet hôtel particulier était à l'origine une annexe élégante, astucieusement connectée au Château de Versailles par un couloir couvert, un privilège qui en disait long sur la faveur de sa commanditaire. Sa situation même est révélatrice : bâti sur l'emplacement de l'ancienne Tour d'eau de François Francine, qui alimentait la grotte de Téthys, l'édifice est le témoin silencieux de la transition d'une fonction purement hydraulique et technique à une vocation résidentielle, puis hôtelière. C'est une parcelle de terre où l'ingénierie du Grand Siècle a cédé la place à l'art de vivre du Dix-Huitième. L'architecture originelle, avec sa modeste élévation d'un seul étage, devait afficher une élégance sobre et des proportions maîtrisées, typiques du style Régence finissant et du premier Louis XV. Il s'agissait d'un pavillon de plaisance, un lieu d'intimité relative face à la grandeur ostentatoire du château voisin. Cependant, la destinée de l'édifice n'allait pas rester figée. À la mort de la marquise, il endossa diverses fonctions, de résidence du gouverneur à bien national, avant d'entamer sa mue la plus significative. Vers 1875, sous l'impulsion d'Eugène Grosseuvre, l'hôtel des Réservoirs fusionna avec une partie de l'hôtel du Garde-Meuble voisin pour se transformer en un Grand Hôtel. Cette conversion marque un point de rupture esthétique. Le passage d'un pavillon délicat à une structure hôtelière de prestige, amplifiée par la surélévation de deux étages supplémentaires au début du XXe siècle, altéra irrémédiablement l'équilibre initial. On peut légitimement s'interroger sur l'impact de cette expansion sur la volumétrie et la relation de l'édifice avec son environnement. Ce qui fut un plein contenu et harmonieux est devenu un empilement plus fonctionnel, répondant aux exigences d'une clientèle croissante plutôt qu'à une vision architecturale unitaire. L'élégance discrète du premier projet s'est muée en une présence plus imposante, mais sans doute moins raffinée dans sa composition d'ensemble. Pourtant, cette transformation lui a conféré une place dans les annales historiques. L'établissement a vu défiler une pléiade de personnalités, du Prince de Galles – le futur Édouard VII – à Émile Zola et Marcel Proust, qui y séjourna quelques mois, trouvant peut-être l'inspiration dans ses salons chargés d'une atmosphère du passé. C'est également entre ces murs que le Duc de Nemours, fils du Roi Louis-Philippe, s'éteignit. L'apogée de sa renommée fut sans doute en 1919, lorsque la délégation allemande y fut logée pour la signature du Traité de Versailles, conférant au lieu une résonance historique d'une gravité inattendue. Plus anecdotique, mais non moins symbolique, c'est lors d'un bal de Saint-Cyr en 1920 que Charles de Gaulle y connut Yvonne Vendroux, un événement qui scella leur destin. Aujourd'hui, classé monument historique depuis 1936, l'hôtel abrite l'unité départementale de l’architecture et du patrimoine, un clin d'œil ironique à son propre passé architectural mouvementé. Il y réside également des logements de fonction et l'École européenne d'intelligence économique, un mélange d'utilisations contemporaines qui éloigne définitivement le lieu de sa vocation première. L'Hôtel des Réservoirs est ainsi un exemple éloquent des métamorphoses que subissent les édifices, passant du prestige privé à l'exploitation commerciale, puis à l'usage public, sans toujours préserver l'intégrité de leur conception initiale. Il témoigne de la résilience d'un bâti qui, malgré les ajouts et les altérations, continue de raconter une part essentielle de l'histoire de Versailles.