Voir sur la carte interactive
Hôtel d'Ourscamp

Hôtel d'Ourscamp

44-46-48 rue François-Miron 31 rue Geoffroy-l'Asnier, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel d'Ourscamp, sise rue François-Miron, se présente comme un palimpseste architectural, dont la lecture révèle moins une intention unifiée qu'une succession de pragmatismes et de compromis. Initialement, en 1248, une « maison de ville » cistercienne, dévolue au commerce et au stockage pour l'abbaye Notre-Dame d'Ourscamp. Cette première incarnation, toute de pierre, avec son vaste cellier de deux cents mètres carrés et sa salle à piliers en rez-de-chaussée, témoignait d’une austérité fonctionnelle, propre à l'ordre, tout en répondant aux nécessités marchandes. Les moines, soucieux d'écouler leurs productions, n'hésitaient pas à louer des portions de cette enceinte, illustrant ainsi une dialectique intéressante entre la piété et le profit, loin de l’isolement monastique idéal. C'est l'essence même de la présence cistercienne intra-muros : une tête de pont commerciale plutôt qu'une enclave spirituelle pure. La demeure que nous observons aujourd'hui est en grande partie le fruit d'une reconstruction tardive du XVIe siècle, probablement vers 1585. Cette nouvelle parure arbore un corps principal dont la façade, robuste et didactique, est scandée de chaînages de pierre qui rompent une monotonie que l'on pourrait juger excessive, si elle n'était animée par de larges fenêtres à meneaux. Ces ouvertures, d'une générosité certaine, contrastent avec des percements plus modestes, subtilement disséminés. À l’arrière, l'édifice s'articule autour d'une cour intérieure, un espace de respiration urbaine où se déploient deux ailes en retour. Celles-ci abritent les escaliers, dotés de balustres rampants, signe d'une certaine recherche esthétique. La cour elle-même, agrémentée de pans de bois et flanquée de deux privés en encorbellement, dénote une hiérarchie des matériaux et des fonctions, le bois réservé aux espaces moins ostentatoires, moins exposés aux rigueurs de la rue. La toiture à la française, d'une lourdeur assumée, coiffe l'ensemble, percée de lucarnes à frontons sculptés dans le goût du XVIe siècle, apportant une touche de raffinement maniériste à ce qui demeure, fondamentalement, un hôtel particulier de facture solide. Le destin de l'Hôtel d'Ourscamp fut celui de nombre de ses congénères : après la Révolution, l’expropriation, la vente et une lente dégradation sous l'effet d'occupations successives. Son inclusion dans les tristement célèbres « îlots insalubres » du début du XXe siècle le voua à la démolition, une sentence administrative que seule l'intervention opportune de l'Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique, fraîchement créée en 1961, parvint à conjurer. Le sort fut longtemps incertain, les autorités ne concédant la restauration qu'à la charge de l'association, jugeant le bâtiment trop délabré pour un investissement public. Une anecdotique marque d'indifférence à l'égard d'un patrimoine alors perçu comme anachronique. La pérennité de l'Hôtel d'Ourscamp tient donc à un acte de volontarisme et non à une reconnaissance intrinsèque immédiate. Classé monument historique en 1966, l'édifice est aujourd'hui un témoin de l'urbanisme médiéval et renaissant, autant qu'un mémorial de la ténacité de ses défenseurs. Il illustre parfaitement la manière dont l'histoire urbaine se superpose, se dégrade, et parfois, par un heureux concours de circonstances, se régénère, non sans une part d'effort et de renoncement.