Le Village, Le Thillay
L'église Saint-Denis du Thillay offre une illustration éloquente de cette architecture post-guerre de Cent Ans, souvent dépeinte comme un gothique flamboyant assagi, voire répétitif. Datée pour l'essentiel du XVIe siècle, l'édifice révèle une facture certes simple, mais d'une cohérence remarquable, nonobstant un plan quelque peu hétéroclite, avec son unique bas-côté septentrional et une chapelle méridionale tardive. L'irrégularité n'est pas ici une faiblesse, mais une strate historique palpable. Le vaisseau central, d'une hauteur relativement modeste, s'étend sur près de vingt-six mètres, ses piliers dépouillés de bases moulurées et ses grandes arcades offrant un profil prismatique aigu, caractéristique de l'apogée du style flamboyant. Cette simplicité structurelle contraste avec l'effort décoratif concentré sur les clés de voûte pendantes, véritables ornements Renaissance. Leur présence suggère une interruption du chantier, comme en témoignent les dédicaces de 1545 et 1583, ou un changement de parti esthétique en cours d'ouvrage, les formerets du sud trahissant cette discontinuité par leur profil. Ces clés, tour à tour losangées, cubiques à niches ou en temples inversés ornés de coquilles, sont les points d'orgue d'un intérieur par ailleurs épuré. Un détail notable réside dans l'éclairage direct du vaisseau par des fenêtres hautes côté sud, une disposition peu commune pour les églises rurales de cette période, souvent privées de cet apport lumineux direct. La base du clocher, singulièrement voûtée à cinq branches d'ogives, sert d'accès. Elle recèle une anecdote révélatrice des tumultes de l'histoire : une cloche fondue et bénie en 1793, en pleine Terreur, défiant les injonctions de la nation. L'extérieur, d'une sobriété étudiée, est marqué par des contreforts scandés de bandeaux, les murs enduits ne réservant la pierre de taille qu'aux chaînages et pourtours des ouvertures. Le clocher, de plan carré, s'élève vers une flèche en charpente ornée d'un lanternon octogonal, typique des reconstructions régionales. Le mobilier liturgique n'est pas en reste, présentant un mélange éclectique de styles et d'époques. La Vierge à l'Enfant du XIVe siècle, empreinte d'une impassibilité hiératique, côtoie un Christ en croix du début du XVIe siècle, dont la tension musculaire traduit une réelle souffrance flamboyante. Les fonts baptismaux du XVIe siècle, d'une cuve ovale oblongue, ont échappé de peu à un remplacement par une pièce plus conforme aux exigences du XVIIIe siècle. Un confessionnal du XIXe siècle, aux découpages asymétriques inattendus, surprend par son originalité. Il convient également de mentionner l'ambon, astucieusement confectionné à partir de panneaux de l'ancienne chaire, dont les visages des saints sont miraculeusement restés intacts après la Révolution, fait suffisamment rare pour être souligné. Enfin, les nombreuses dalles et plaques funéraires, dont certaines sont hélas devenues illisibles, offrent une chronique sociale locale. Parmi elles, des fondations détaillées et l'épitaphe du maréchal Bessières et de son aide de camp, dont la présence au Thillay, il faut bien le dire, demeure pour le moins énigmatique.