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Église Saint-Martin d'Attainville

Église Saint-Martin d'Attainville

Attainville

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Martin d'Attainville, classée monument historique, offre un exemple singulier d'une architecture Renaissance dont la genèse fut aussi rapide qu'inachevée. Érigée sur les vestiges d'un édifice antérieur, jugé menaçant en 1570, cette nouvelle construction, entreprise dès 1572 malgré des fonds limités, témoigne des ambitions et des contraintes d'une paroisse rurale. Le maître-maçon luzarchois Nicolas de Saint-Michel, dont le nom mérite d'être souligné, sut concevoir un édifice à la fois sobre et élégant, empruntant à la tradition gothique flamboyante pour sa structure générale, tout en y greffant un décor de la plus pure Renaissance. Cette dualité n'est point un paradoxe, mais la marque d'une époque de transition, où les formes nouvelles s'adaptaient aux schémas éprouvés. L'extérieur présente une façade occidentale que certains observateurs, tel Charles Terrasse, ont jugée pauvre et triste. Elle se révèle pourtant d'une facture simple et fonctionnelle, encadrée de pilastres discrets. Le clocher, en revanche, érigé au sud, impose une tout autre présence. Ses contreforts massifs, ses bandeaux moulurés et son étage de beffroi, construit bien plus tardivement mais avec un respect étonnant de l'esprit originel, couronné de pots à feu élancés, confèrent à l'ensemble une verticalité et une distinction classiques. Il est un témoignage de la persévérance architecturale sur plusieurs siècles. La façade méridionale, ouvrant sur l'ancien cimetière, révèle l'ingéniosité de Saint-Michel. Les sommets des arcs-boutants dissimulés sous les toitures des bas-côtés se muent en chapiteaux de pilastres ornés de postes affrontés, sous une corniche délicate d'oves et de denticules. Les contreforts, inspirés de ceux de Luzarches mais ici plus achevés, s'amortissent en entablements doriques coiffés de chaperons cintrés et d'éolipyles. C'est là que l'ordonnance décorative atteint sa pleine expression, d'une finesse qui contraste avec la fonctionnalité de la maçonnerie. Le chevet, doté de fenêtres à remplage Renaissance et d'une corniche similaire, arbore une frise de postes et contrepostes que l'architecte avait plutôt coutume de réserver à l'intérieur de ses œuvres, comme au Plessis-Gassot, ajoutant ici une touche d'originalité subtile. L'élévation nord, plus austère et moins ornée, par suite de la présence de constructions mitoyennes aujourd'hui disparues, illustre les compromis parfois nécessaires dans l'aménagement urbain d'antan, et souligne les sections plus anciennes de l'édifice, probablement des vestiges de l'église précédente, avec des contreforts difformes et une maçonnerie moins soignée. L'intérieur, conformément à l'intention de Nicolas de Saint-Michel, se veut lumineux et élégant, même sans éclairage direct de la nef. Les grandes arcades, majoritairement en tiers-point, dérogent à la mode de l'époque pour une touche de tradition gothique, tandis que quelques-unes en plein cintre s'adaptent aux contraintes structurelles du clocher et des travées. Les demi-colonnes engagées dans les piles carrées, supportant des chapiteaux doriques finement sculptés d'oves, portent des sections d'entablement complètes, d'où s'élèvent les demi-colonnes des voûtes, cette fois à chapiteaux ioniques d'une grande sophistication. Ces derniers se parent de balustres ornés de feuilles d'acanthe et d'une frise convexe à plastron, couronnée de pommes de pin. Cette ordonnance, remarquablement cohérente, fut appliquée avec des variations minimes dans d'autres églises de Saint-Michel, attestant une signature stylistique. Le plafond est voûté d'ogives à liernes, dont les nervures s'interpénètrent avec une élégance structurelle avant de retomber sur les entablements. Les clés de voûte, avec leurs rosaces ou cartouches, apportent des ponctuations décoratives discrètes. Il est fascinant de constater l'homogénéité de cet ensemble, achevé en plusieurs étapes, la nef n'ayant été voûtée qu'en 1817. Cette fidélité à l'esprit initial de l'œuvre du XVIe siècle par les bâtisseurs du XIXe témoigne de la qualité intemporelle du projet de Saint-Michel. L'abside, dès 1574, arbora une voûte dont l'écusson martelé rappelait la seigneurie des Célestins de Paris, des moines qui marquèrent l'histoire du lieu jusqu'à la Révolution. Le vol de l'aigle du lutrin au siècle dernier n'enlève rien à la valeur de ce patrimoine, qui, malgré ses péripéties et ses ajournements, conserve l'empreinte d'une vision architecturale claire et raffinée. L'église Saint-Martin d'Attainville demeure ainsi une démonstration de la capacité à achever une œuvre complexe à travers les âges, sans en trahir l'essence première.