Les Vachons, Argenteuil
L'allée couverte des Déserts, dont le nom même évoque une certaine humilité toponymique, se présente comme un vestige mégalithique à Argenteuil. Son emplacement, jadis qualifié d'inculte, la voua, par un singulier retournement, à servir de carrière de fortune au XIXe siècle, avant que la découverte fortuite d'ossements humains par un contremaître ne révèle sa véritable nature archéologique en 1867. Cette révélation, suivie des fouilles de Louis Legay, marqua le début d'une reconnaissance institutionnelle, aboutissant à son classement en 1943 et à sa protection.Perchée à flanc de colline, dominant le cours de la Seine, cette enceinte sépulcrale était originellement plus étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui. D'une longueur estimée à treize mètres, l'édifice s'orientait avec une précision certaine vers le fleuve, un axe sans doute porteur de significations rituelles. Sa conception structurelle est celle d'une chambre semi-enterrée, offrant un volume intérieur d'une rigueur carrée, avec un mètre quatre-vingt-dix de côté en hauteur comme en largeur. Les parois sont érigées selon une technique exigeante d'appareil à sec, assemblant avec une grande dextérité des plaquettes de meulière et de calcaire, dont la régularité intérieure témoigne d'un savoir-faire notable. Le chevet, lui, est clos par une dalle imposante, légèrement inclinée, tandis que le sol était autrefois pavé de dallettes. L'ensemble était coiffé de plusieurs tables de couverture en grès, protégées par un cairn dolménique de plaquettes calcaires, le tout dissimulé sous un tumulus de terre, connu localement sous le nom de la Butte-Vachon.L'exploration archéologique a révélé une histoire d'usage complexe, marquée notamment par un effondrement partiel durant la période d'occupation, perturbant l'ordonnancement initial des défunts. On y découvrit les traces d'inhumations variées, avec des corps déposés en position assise, et même, cas plus singulier, le squelette d'un enfant en position verticale. Bien qu'un décompte précis des individus reste évasif, les onze crânes retrouvés attestent d'une utilisation collective et prolongée de ce caveau.Le mobilier funéraire exhumé offre un aperçu éloquent du Néolithique final. Outre les outils de silex et les haches polies, certaines encore pourvues de leur emmanchement en bois de cerf, la présence d'une hache en jadéite originaire du mont Viso, dans les Alpes italiennes, souligne l'étendue des réseaux d'échanges à cette époque lointaine, bien au-delà des considérations de proximité. Des éléments de parure, des tessons de poterie rattachés à la culture Seine-Oise-Marne, ainsi que des vestiges fauniques complètent le tableau de cette communauté préhistorique. Une part de ce patrimoine est aujourd'hui précieusement conservée au musée des Antiquités nationales.Classée monument historique, l'allée couverte des Déserts incarne désormais une forme de mémoire pétrifiée, n'ouvrant ses portes au public qu'à l'occasion des Journées du Patrimoine, signe d'une protection aussi nécessaire que discrète.