Voir sur la carte interactive
Église Saint-Germain-l'Auxerrois

Église Saint-Germain-l'Auxerrois

19 Rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Germain-l'Auxerrois, un de ces édifices parisiens dont la sédimentation historique est si dense qu'elle confine à la stratigraphie archéologique, se dresse comme une anomalie, un palimpseste architectural au cœur d'un quartier remodelé. Son ancienneté, qui prétendrait remonter au VIe siècle avec une fondation attribuée, non sans hésitation des érudits, à un Chilpéric ou un Childebert, fut précocement marquée par une succession de destructions et de reconstructions, des Vikings de 885-886 aux multiples réfections qui en firent un témoignage discontinu des modes constructives. Cette église, jadis la plus vaste paroisse de Paris avant son démembrement progressif, s'est vue affublée du sobriquet de « Saint-Germain-le-Rond » en des temps immémoriaux, sans doute en raison d'une configuration primitive aujourd'hui bien difficile à exhumer de la terre et des textes. Elle est surtout devenue, au fil des siècles, cette "paroisse des artistes", un titre plus poétique que formel, mais non dénué de substance, abritant les sépultures de figures telles que Chardin, Malherbe ou Coysevox, tel un Saint-Denis du second rang. L'édifice actuel, principalement gothique flamboyant, révèle une complexité formelle. Le porche occidental, construit par Jean Gaussel au XVe siècle sous occupation anglaise et maintes fois remanié, reste un exemple rare à Paris. Ses voûtes à liernes et tiercerons, d'une grande finesse, n'ont pu échapper aux restaurations parfois musclées du XIXe siècle, les statues d'origine ayant pour la plupart cédé la place à leurs copies. À l'intérieur, la nef, élevée en un flamboyant tardif, renonce au triforium, privilégiant de larges baies qui, depuis 1728, laissent passer une lumière neutre à travers un verre blanc, substitut fonctionnel mais dénué de l'éclat chromatique des vitraux d'origine. Le chœur, pourtant plus ancien, a subi une transformation radicale au XVIIIe siècle, se voyant cannelé et "mis au goût du jour" par Claude Bacarit, illustration des caprices changeants des époques. La destruction du jubé de Pierre Lescot et Jean Goujon en 1745, acte que l'on ne peut que déplorer, témoigne d'une insouciance pour l'intégrité stylistique des siècles précédents. Mais c'est sans doute le destin urbain de Saint-Germain-l'Auxerrois qui offre la plus singulière des observations. Le tocsin tristement célèbre du 23 août 1572, qui sonna le prélude au massacre de la Saint-Barthélemy, valut à l'église d'être épargnée par le baron Haussmann lors des grands travaux du Second Empire. Le préfet, protestant lui-même, répugnait à la démolir, craignant sans doute les reproches d'une profanation symbolique. De ce compromis naquit un ensemble urbain d'une symétrie presque forcée, avec la mairie du 1er arrondissement, œuvre d'Hittorff, reproduisant la façade de l'église, et le campanile néo-gothique de Théodore Ballu en interstice. Le résultat, "un huilier et ses deux burettes" selon la critique de l'époque, illustre à merveille ces "améliorations" urbaines qui privilégient l'alignement sur l'authenticité. Même Claude Monet, dans sa vue de 1867, choisit d'occulter ce beffroi moderne, préférant une vision plus intemporelle. Les "carpes de Tronson" sculptées sur une chapelle extérieure, caprice d'un drapier du XVIe siècle, demeurent une fantaisie locale, presque cocasse, dans cette architecture marquée par les lourdeurs de l'histoire et les impératifs administratifs.