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Académie royale de médecine

Académie royale de médecine

5 rue de l'École-de-Médecine, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'Académie nationale de médecine, avant de s'établir avec une solennité presque acquise rue Bonaparte, connut une existence pour le moins itinérante, une série d'escales – de la Faculté de médecine à la modeste rue de Poitiers, puis dans la chapelle désaffectée de l'hôpital de la Charité – illustrant la lente maturation d'une institution cherchant son ancrage physique. C'est finalement Justin Rochet, à l'aube du XXe siècle, entre 1899 et 1902, qui lui offrira un siège digne de son rang. L'édifice, sans doute dépourvu de l'exubérance décorative de certains immeubles de son temps, doit afficher la sobriété et la robustesse que l'on attend d'un temple du savoir, incarnant par ses volumes et sa façade la permanence d'une autorité, celle d'une expertise républicaine héritière d'une tradition royale. Son origine, en 1820, sous l'impulsion de Louis XVIII et du baron Antoine Portal, relève davantage d'une consolidation politique que d'une spontanéité intellectuelle pure. L'intégration forcée de la Société royale de médecine et de l'Académie royale de chirurgie, non sans marginaliser, pour l'occasion, le legs d'un Joseph-Ignace Guillotin, fut une manœuvre habile pour fédérer les compétences médicales du royaume. La mission première, explicitement énoncée par l'ordonnance de 1820, dénote un pragmatisme quasi bureaucratique : point de vaines spéculations, mais une réponse directe aux sollicitations gouvernementales, qu'il s'agisse des épidémies, de la propagation de la vaccine ou de l'examen des remèdes jugés "secrets". Une approche résolument utilitaire, sous le sceau de la santé publique. Les changements de titulature, de royale à impériale puis nationale, témoignent, avec une certaine désinvolture, de son aptitude à s'adapter aux contingences des régimes politiques sans altérer son rôle fondamental d'organe consultatif. Au fil des décennies, l'institution a patiemment accumulé un patrimoine inestimable, à l'image de sa bibliothèque, l'une des plus riches d'Europe. Avec ses quelque 4 000 titres de périodiques et ses dizaines de milliers de monographies, dont une centaine d'incunables, elle constitue la mémoire vive et imprimée de la pensée médicale. Ce travail de conservation, d'archives et d'enrichissement continu est sans doute l'une de ses contributions les plus tangibles, une affirmation matérielle de la pérennité du savoir. Cependant, même les bastions du savoir ne sont pas exempts des ombres portées par les débats de leur époque. L'Académie n'échappe pas aux critiques, parfois vives, qui viennent en éroder l'éclat. Les interrogations sur les conflits d'intérêts – l'affaire Marie-Thérèse Hermange et Servier en fut un écho notable – ou les prises de position jugées "idéologiques" et non scientifiques, comme celle déplorée par Philippe Froguel concernant la PMA pour toutes, pointent du doigt une certaine lenteur à épouser les évolutions sociétales. L'absence manifeste de femmes dans ses instances dirigeantes et la prédominance d'hommes d'un certain âge sont des reproches récurrents, suggérant une inertie certaine. Plus récemment encore, les propos problématiques d'un de ses membres sur la reproduction des toxicomanes ont mis l'Académie dans une position délicate, la forçant à se désolidariser sans toujours trancher avec la vigueur attendue. Ces frictions, loin de dissiper son autorité, rappellent néanmoins que le savoir, même institutionnalisé, reste une construction humaine, soumise aux contingences des hommes et des mœurs.