8 rue du Vertbois 15 rue Notre-Dame-de-Nazareth, Paris 3e
La Synagogue Nazareth, plus qu'un simple édifice cultuel, est un palimpseste architectural, révélateur des contingences matérielles et des évolutions identitaires de la communauté juive parisienne au XIXe siècle. Sa genèse fut tout sauf linéaire. Un premier édicule, autorisé par Louis XVIII en 1819 et inauguré en 1822 selon les plans de Sandrié de Jouy, ne connut qu'une existence éphémère et calamiteuse. Les anomalies structurelles étaient telles qu'il dut être démoli dès 1850, après seulement vingt-huit années d'usage, témoignage éloquent des possibles compromis financiers ou des déficiences techniques initiales qui marquèrent cette première tentative d'établissement monumental. La résurrection intervient rapidement grâce au mécénat conséquent du baron James de Rothschild. L'architecte Alexandre Thierry (1810-1890) fut chargé de concevoir un nouvel édifice, inauguré dès 1852. Thierry opta pour un style néo-mauresque, alors en vogue pour singulariser les synagogues de l'appareil ecclésiastique chrétien. Ce choix, qui ne relevait pas d'une filiation historique directe mais plutôt d'une quête d'exotisme et d'une altérité visible, offrait une esthétique orientaliste, certes parfois convenue, mais efficace pour marquer une identité singulière dans le paysage urbain. Il s'agit là d'un syncrétisme formel cher à l'éclectisme de l'époque. La façade, d'une hauteur d'un étage au niveau de la rue, présente une ordonnance à trois travées. La travée centrale, surmontée d'un fronton plat crénelé, encadre une porte principale de stature. Les travées latérales, plus modestes, accueillent des accès secondaires. Détail notable, l'inscription de la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » sur le pourtour d'une porte, signe d'une intégration civique assumée par la communauté. Derrière cette façade-écran, le pignon de la salle de prière dévoile une horloge où les chiffres sont remplacés par les signes du zodiaque – une ponctuation symbolique rare et d'une certaine audace iconographique – sous laquelle se déploie une rosace ornée de l'étoile de David. La tempête de 1999 ayant arraché les aiguilles, l'anecdote souligne la fragilité des éléments même les plus emblématiques. L'intérieur, rénové à l'identique vers l'an 2000, est conçu pour accueillir jusqu'à 1 200 fidèles. Il se distingue par la présence de deux étages de galeries destinées aux femmes, soutenues par d'élégantes colonnettes en fonte, dont la robustesse intrinsèque n'ôte rien à la finesse visuelle. Cette disposition, partagée avec la synagogue de la rue des Tournelles, témoigne d'une organisation spatiale pensée pour les grandes assemblées. Les douze fenêtres, évoquant les douze tribus d'Israël, confèrent une dimension symbolique à la lumière. Le mobilier liturgique d'époque, l'orgue – une innovation alors révolutionnaire pour une synagogue – et les lustres contribuent à l'atmosphère. L'édifice fut d'ailleurs le théâtre des débuts parisiens de Jacques Offenbach, chargé en 1833 de diriger le chœur, et fut fréquenté par l'actrice Rachel. Initialement de rite ashkénaze, la synagogue a vu son usage évoluer vers le rite séfarade en raison des transformations démographiques du quartier, accueillant les Juifs d'Afrique du Nord. Ce lieu fut aussi le théâtre d'un attentat en 1941, orchestré par le Mouvement social révolutionnaire, rappelant la vulnérabilité des communautés. Classée monument historique, la Synagogue Nazareth incarne, dans sa matière et sa forme, les tensions, les adaptations et les résiliences d'une communauté au sein de la modernité urbaine française. Plus qu'une réussite architecturale absolue, c'est une archive vivante des parcours complexes de l'identité juive à Paris.