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Hôtel d'Andlau-Klinglin

Hôtel d'Andlau-Klinglin

25, rue de la Nuée-Bleue, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Il est d'abord utile de noter l'indifférence sereine avec laquelle certains édifices traversent les siècles, modulant leur usage avec une sorte de résignation fonctionnelle. L'Hôtel d'Andlau-Klinglin, sis au 25 de la rue de la Nuée-Bleue à Strasbourg, offre un exemple pertinent de cette résilience, ou peut-être de cette capacité à incarner des fonctions diverses sans jamais trop se trahir. Son origine médiévale, si lointaine et discrète, pose les fondations d'une bâtisse dont la physionomie fut sans doute profondément remaniée au début du XVIIIe siècle, lorsque le comte Antoine d'Andlau et son épouse, issue de l'influente famille Klinglin, en devinrent propriétaires en 1713. Cette période fut faste pour les fortunes alsaciennes désireuses de manifester leur rang par des hôtels particuliers à l'ordonnancement classique, souvent inspiré des modèles parisiens ou des tendances lorraines. On peut donc aisément imaginer des façades restructurées, probablement en grès des Vosges, matériau local de prédilection, ou revêtues d'un enduit élégant, animées par un rythme de fenêtres régulières, encadrées de sobres pilastres ou de chaînages d'angle. Une cour d'honneur, discrètement accessible depuis la rue par un porche charretier, était vraisemblablement l'épicentre de la demeure, distribuant un corps de logis principal et des ailes secondaires dédiées aux services ou aux dépendances. L'escalier d'honneur, élément de prestige, aurait sans doute été le point focal de l'intérieur, affirmant la dignité des lieux. Le nom Klinglin n'est pas anodin dans l'histoire de Strasbourg. François-Joseph de Klinglin, le beau-frère du comte d'Andlau, fut un prêteur royal d'une influence considérable, figure emblématique de l'administration monarchique en Alsace. Il est loisible de supposer que l'hôtel reflétait, sinon son propre faste, du moins l'ancrage de sa famille dans l'élite locale, à travers une architecture qui privilégiait la solidité et la représentation plutôt que l'innovation formelle. L'itinéraire fonctionnel de l'édifice est particulièrement instructif. De siège de la Grande Prévôté à l'école de droit, puis au séminaire diocésain, à la direction des Postes, à l'Académie, et finalement au Port autonome de Strasbourg pendant près d'un siècle, il a endossé une succession de rôles administratifs et éducatifs. Cette polyvalence, remarquable, suggère une architecture dotée d'une flexibilité intrinsèque, capable d'absorber des usages hétérogènes sans nécessiter de bouleversements majeurs. Chaque nouvelle affectation a sans doute imposé des aménagements intérieurs, des cloisonnements, des adaptations aux normes de son temps, mais la substance même de l'hôtel, sa volumétrie et son plan général, a perduré. Cela témoigne d'une conception initiale robuste et d'une certaine neutralité stylistique, qualités paradoxalement essentielles à la pérennité d'un édifice confronté aux caprices de l'histoire et des propriétaires. Son classement au titre des monuments historiques en deux temps, 1921 et 1991, et son inscription complémentaire, soulignent une reconnaissance tardive de sa valeur patrimoniale, au-delà de ses transformations. La récente vente en 2020 et le départ du Port autonome marquent un nouveau chapitre pour cette demeure, qui, après avoir incarné tant de fonctions publiques, pourrait bien retrouver, qui sait, une destination plus singulière, voire privée. Une nouvelle preuve que l'architecture, même la plus austère, peut se révéler d'une adaptabilité déconcertante face aux vicissitudes du temps.