252bis rue Saint-Jacques, Paris 5e
L'Institut national des jeunes sourds, sis rue Saint-Jacques, se présente comme une de ces institutions dont la pérennité architecturale masque parfois une genèse plus… pragmatique. Avant de s'ancrer dans la pierre parisienne, cette œuvre pionnière fut d'abord l'expression d'une bienveillance individuelle, celle de l'Abbé de L'Épée au XVIIIe siècle, cherchant à pallier une absence criante d'éducation pour les jeunes sourds. L'institution, passant de l'informel au royal, puis au républicain, incarne les méandres d'une idée philanthropique qui dut s'adapter aux contingences politiques et financières de son temps, se déplaçant des modestes domiciles aux couvents désaffectés avant de trouver son assise définitive dans l'ancien séminaire Saint-Magloire. La reconstruction de 1823 par Antoine-François Peyre conféra à l'ensemble sa physionomie actuelle. Peyre, architecte éminent de l'époque néoclassique, ne s'est pas adonné ici à l'audace formelle, préférant la solennité mesurée et la dignité académique. Son architecture est celle d'une utilité publique affirmée, sobre, rigoureuse, caractéristique de ces édifices d'instruction où la fonction primait sur l'ornementation superflue. On imagine aisément l'emploi de la pierre de taille, conférant aux façades une patine intemporelle, une certaine gravitas institutionnelle. La dialectique du plein et du vide, essentielle à toute composition classique, se traduit ici par une ordonnance régulière des ouvertures, suggérant un agencement intérieur rationnel, propice à l'apprentissage spécifique dispensé entre ces murs. Il s'agissait de créer un environnement calme, lumineux, éloigné du tumulte urbain, pour des élèves dont la perception du monde passait par d'autres sens. Il serait difficile d'évoquer cet institut sans mentionner son médecin emblématique, Jean Itard, dont les travaux ici-même sur l'« enfant sauvage » de l'Aveyron, Victor, posèrent les fondations de la psychopédagogie et de l'orthophonie. C'est dans ces mêmes lieux que le cinéma, par l'entremise de François Truffaut, a su capter la puissance de cette quête de transmission, immortalisant l'Institut dans « L'Enfant sauvage » et revenant pour « La Chambre verte ». Cette résonance culturelle est d'ailleurs une constante pour l'INJS, dont les espaces continuent d'inspirer, comme en témoigne la récente venue du groupe Big Ocean pour un clip. Au-delà de ses murs d'apparence austère, l'Institut national des jeunes sourds demeure ainsi un témoignage discret mais puissant de la capacité humaine à ériger des phares de savoir au service de ceux dont la voix se fait autrement.