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Église Saint-Romain de Rouen

Église Saint-Romain de Rouen

2 rue Rochefoucault, de la, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Romain de Rouen, aujourd'hui inscrite aux monuments historiques, présente une particularité géographique et historique notable. Son emplacement, jadis hors les murs, et son orientation nord-sud, inhabituelle pour un édifice religieux, témoignent d'une pragmatique adaptation urbaine plutôt que d'une stricte adhésion aux canons liturgiques traditionnels. Initialement chapelle du couvent des Carmes déchaussés, établie là en mil six cent vingt-quatre, l'édifice originel, dont la première pierre fut posée en mil six cent quarante-trois, s'inscrivait dans une configuration plus classique. Cependant, sa reconstruction à la fin du dix-septième siècle, initiée par la famille Becdelièvre en mil six cent soixante-dix-neuf, transforma profondément sa physionomie. Il est piquant de noter que les financiers de cette entreprise baroque ont veillé à laisser leur empreinte, par de subtils motifs de lièvres disséminés dans la décoration, sorte de signature discrète et quelque peu facétieuse. La Révolution bouleversa son destin, la convertissant en église paroissiale après l'expulsion des Carmes, avant de la fermer brièvement. Cette période troublée la vit devenir un véritable conservatoire d'art sacré rouennais. Loin d'être l'expression unifiée d'un seul style ou d'une seule époque, Saint-Romain se compose en effet comme une mosaïque. Les voûtes en berceau de la nef et du chœur s'articulent autour d'une coupole centrale, où Benoît Pécheux immortalisa des scènes de la vie de saint Romain, offrant un point focal dramatique. Mais ce sont surtout les vitraux qui racontent l'histoire d'autres édifices disparus. Des verrières du seizième siècle, rescapées de l'église Saint-Étienne-des-Tonneliers, dépeignant la vie de saint Jean-Baptiste ou le martyre de saint Étienne par Arnoult de Nimègue, furent ainsi réinstallées ici, côtoyant des éléments provenant de Saint-Martin-sur-Renelle ou de la chapelle des Trépassés de Saint-Maur. Cette agglomération d'œuvres, d'origines et de factures diverses, confère à l'intérieur une richesse éclectique, fruit d'un prudent sauvetage patrimonial plutôt que d'une intention esthétique originelle. Le sarcophage de porphyre de saint Romain lui-même, transféré de Saint-Godard, achève de faire de cette église un lieu de mémoire composite. La façade principale, avec son grand portail encadré de niches abritant sainte Thérèse d'Avila et saint Joseph, offre une composition équilibrée, quoique relativement sobre pour l'époque baroque. Quant au clocher, il fut refaçonné en plomb repoussé en mil huit cent soixante-seize, selon les plans d'Eugène Barthélémy et sous la direction de Ferdinand Marrou, remplaçant une structure antérieure. L'orgue, instrument du milieu du dix-huitième siècle, provenant de l'église Saint-Laurent, vient parachever cette collection hétéroclite, où chaque élément, riche de son histoire propre, contribue à la singularité de Saint-Romain, témoignage inattendu des fortunes et infortunes du patrimoine rouennais.