45 rue des Archives, Paris 3e
L'édifice sis au 45, rue des Archives, communément désigné comme le couvent de la Merci, est moins un monument figé qu'un palimpseste architectural, témoin des strates de l'histoire parisienne et des vicissitudes de la fonction. Son emplacement, jadis occupé par un hospice médiéval, fut concédé en 1613 par Marie de Médicis aux Pères de l'Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci, une congrégation dont l'objet initial, pour le moins singulier, était le rachat des chrétiens captifs des Barbaresques, avant de se muer en une entité caritative et missionnaire. C'est Charles Chamois qui, au XVIIe siècle, entreprit l'édification des premiers corps de logis conventuels. Mais c'est l'intervention de Pierre François Godot, entre 1727 et 1731, qui structura l'ensemble tel que nous le percevons aujourd'hui, ou du moins ses vestiges les plus nobles. L'architecte, avec un pragmatisme certain, choisit de conserver quelques éléments antérieurs tout en imposant un ordonnancement classique. Le plan en U, organisé autour d'une cour intérieure, est une disposition éprouvée, garante d'une certaine dignité et d'une fonctionnalité monastique, agrémentée d'un portail sur rue qui en marquait l'accès. C'est sur ses façades que se déploient deux cadrans solaires, dont la dialectique est éloquente. Le premier, ostensiblement tourné vers la rue, invite le passant à une contemplation opportune avec sa devise « utere dum luceat » – « profite tant qu'il est permis ». Le second, plus discret, presque intime, dissimulé dans la cour, représente l'Ange de la Mort tenant sa faux, allégorie du Temps insaisissable et de la vanité des choses. Un memento mori subtil, voire un reproche tacite à la frivolité du monde extérieur, pour les seuls initiés. L'intérieur abrite encore un escalier du XVIIIe siècle, témoignage de cette période de reconstruction. La Révolution, comme souvent, marqua une rupture brutale. Fermé en 1790, le couvent servit un temps de geôle, accueillant ces infortunés voués à l'échafaud – une inversion sinistre de sa vocation initiale de rachat des captifs. Vendu en 1799, il connut la transformation habituelle en immeuble de rapport, divisé en appartements et commerces, illustrant la primauté de l'économie sur le sacré. Les restaurations de la fin du XXe siècle, dont la suppression d'une « construction parasite » dans la cour, ont tenté de redonner une certaine lisibilité à l'ensemble, désormais protégé au titre des Monuments Historiques. Quant à l'église conventuelle, sise au numéro 47, son destin fut encore plus éphémère. Œuvre initiale de Chamois, elle fut l'objet d'une intervention prestigieuse en 1709 : Germain Boffrand, architecte du prince de Soubise, se vit confier la refonte de sa façade. Non par piété, mais par souci d'un « vis-à-vis » digne de l'hôtel de Soubise, situé de l'autre côté de la rue. Un exemple édifiant de l'urbanisme d'apparat et de la prééminence de l'image. Hélas, cette élégance fut de courte durée. Largement détruite dès 1799, le terrain fut ensuite dévolu à un marchand de charbon, avant que ses ultimes vestiges ne disparaissent en 1877 pour laisser place à un banal immeuble d'habitations. Une fin peu glorieuse pour ce qui fut un élément essentiel de l'ordonnancement de la rue des Archives, montrant l'impitoyable pragmatisme de l'urbanisation parisienne, insensible aux résonances historiques et à la subtilité d'un dialogue architectural interrompu.