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Hôpital Charles-Foix

Hôpital Charles-Foix

7 avenue de la République, Ivry-sur-Seine

L'Envolée de l'Architecte

L'Hospice des Incurables d'Ivry, aujourd'hui Hôpital Charles-Foix, n'est pas tant une œuvre d'art qu'une matérialisation éloquente des préoccupations hygiénistes et sociales du Second Empire. Cet édifice, conçu par Théodore Labrouste entre 1864 et 1869, révèle la sagacité d'un architecte dont l'érudition, moins ostentatoire que celle de son illustre frère Henri, se manifestait par une connaissance intime des exigences fonctionnelles de l'Assistance publique. Labrouste s'attèle alors à ce programme colossal, destiné à reloger près de 2 500 pensionnaires transférés de l'Hospice des Incurables de la rue de Sèvres, transformant un parc du XVIIe siècle en une machinerie institutionnelle d'une rigueur implacable. L'inauguration par Mac-Mahon en 1873 fut l'occasion d'une légende tenace, celle d'un marronnier planté par l'Impératrice Eugénie, anecdote charmante mais historiquement invérifiable, ladite impératrice étant alors en exil outre-Manche. La toponymie locale conserve néanmoins la trace de cette légende avec une cour de l’Impératrice toujours présente. Le changement de nom en 1976 pour honorer le neurologue Charles Foix symbolise une réhabilitation par la science, éloignant l'ombre peu flatteuse des incurables. Le parti architectural tranche avec le modèle pavillonnaire plus dispersé de l'hôpital Lariboisière, jugé sans doute moins adapté aux besoins spécifiques de ces résidents. Labrouste privilégie une structure dense, d'une symétrie absolue, organisée autour d'un axe central reliant l'administration à la chapelle. Deux vastes ensembles rectangulaires, miroirs l'un de l'autre, sont dévolus aux hommes et aux femmes, reflétant les convenances de l'époque qui exigeaient une ségrégation rigoureuse, même dans l'adversité des mœurs du XIXe siècle. La sobriété est le maître-mot. Les corps de bâtiment, composés de dortoirs superposés — ces salles offrant une moyenne d'une quarantaine de mètres cubes par pensionnaire — révèlent une préoccupation aériste et hygiéniste avant tout. Le désir de faire économique se manifeste partout, y compris dans le système de galeries : si celles de la cour d'honneur adoptent la dignité de la pierre, les autres circulations adoptent plus prosaïquement la légèreté et la commodité du métal, assurant des liaisons efficaces, à l'abri des intempéries, mais sans fioritures superflues. L'assistance d'Étienne Billon sur ce projet semble avoir été déterminante pour la mise en œuvre de ces préoccupations pragmatiques. La chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-l'Annonciation, offre une façade de style italianisant, s'inscrivant dans l'éclectisme de son temps. Mais c'est son ossature interne qui révèle une audace technique rare pour l'époque dans un édifice religieux : la charpente métallique. Cette innovation structurelle, souvent cantonnée aux gares ou aux halles, permettait une nef d'une largeur exceptionnelle pour le Val-de-Marne, un tour de force d'ingénierie dissimulé sous un vernis historiciste. Elle abrite par ailleurs un orgue Merklin-Schutze de 1869 et un cénotaphe du Cardinal de La Rochefoucauld, des éléments de mobilier dignement conservés de l'ancien hospice. Classé monument historique en 1997 pour sa chapelle et inscrit pour l'ensemble hospitalier, l'Hôpital Charles-Foix, malgré sa vocation première d'asile pour les plus démunis et sa conception pragmatique, est aujourd'hui reconnu pour son rôle dans l'histoire de l'architecture hospitalière. Devenu un pôle gériatrique universitaire de pointe, il continue d'accueillir des vies, et parfois des fins de vie, comme celle de l'écrivain Georges Perec en 1982, conférant à ses murs une discrète mais indéniable empreinte culturelle. Cet ensemble, bien que voué à une fonction des plus terre-à-terre, illustre à merveille la manière dont les contraintes économiques et hygiéniques pouvaient façonner une architecture d'une rigueur parfois austère, mais d'une efficacité incontestable.