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Hôtel d'Andrieu de Montcalvel

Hôtel d'Andrieu de Montcalvel

10 rue Croix-Baragnon, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L’Hôtel d'Andrieu de Montcalvel, désigné tour à tour de Castellane ou de Campaigno, s'inscrit au cœur de Toulouse comme un témoignage de la mutation du goût et des usages architecturaux sur près de trois siècles. Élevé entre 1771 et 1779, il ne fut pas une simple rénovation, mais une démolition quasi totale d'une demeure plus ancienne, l'hôtel de Saint-Jory, pourtant remaniée au XVIe siècle par Nicolas Bachelier. Cette rupture radicale pour ériger un édifice dans le style néoclassique alors en vogue chez les élites toulousaines, sous l'impulsion de François-Joseph d'Andrieu de Montcalvel, révèle une volonté de modernité et d'affirmation sociale, préférant l'austérité de la symétrie à l'exubérance de la Renaissance. La façade sur rue présente un portail monumental, encadré avec une certaine gravité par des pilastres ioniques jumelés. Ils supportent un entablement massif, couronné d'une corniche à modillons, le tout surmonté d'un groupe en terre cuite représentant deux lions encadrant des médaillons. L'ensemble, d'une dignité affirmée, impose une solennité que les ferronneries, attribuées à Bernard Ortet, parachèvent d'un style que l'on pourrait qualifier de sévère, caractéristique du Premier Empire. Ces ferronneries, notamment la rampe d'escalier intérieure, constituent un élément remarquable, par leur qualité d'exécution et leur ligne, même si leur fonction première est la délimitation. Au-delà de cette façade d'apparat, la cour principale surprend par sa sobriété presque monacale, pavée de galets. Elle suggère une distinction nette entre la représentation publique et la vie privée, ou du moins un certain effacement des ornementations superflues. C'est à gauche que se révèle le grand escalier, dont la rampe en fer forgé de style Louis XVI, également de Bernard Ortet, conserve la marque de son histoire avec deux couronnes de marquis, vestiges des blasons disparus. L'espace intérieur ainsi structuré par cette distribution autour des cours, offre une séquence qui, si elle manque de la fantaisie baroque, privilégie une organisation claire et fonctionnelle. L'histoire de l'hôtel reflète l'évolution des familles qui l'occupèrent. Après la Révolution, Marie-Madeleine Charlotte d'Andrieu, la fille du bâtisseur, le transmit à son époux, Joseph-Léonard de Castellane. Ce dernier, dont la vie fut marquée par l'émigration et un retour à Toulouse où il se distingua par son engagement dans les arts, y fonda en 1831 la Société archéologique du Midi de la France, dans le grand salon même de l'hôtel. Un acte qui confère au lieu une dimension culturelle notable, bien au-delà de sa seule fonction résidentielle. Plus tard, sous Boniface de Castellane, l'édifice connut des aménagements significatifs. Le corps central fut surélevé d'un étage et l'arrière transformé avec l'ajout de magasins et d'appartements à louer, témoignant d'une adaptation aux réalités économiques et immobilières du XIXe siècle. Les exigences financières prirent le pas sur la pureté du dessin original. Ces transformations se poursuivirent sous Jean Patras de Campaigno, qui, en maire de Toulouse inspiré par Haussmann, modernisa également sa demeure, supprimant jardins et écuries pour créer une seconde cour destinée aux garages et à de nouveaux appartements de rapport. Une évolution qui, tout en garantissant la pérennité de l'édifice, en altéra inévitablement l'ordonnancement initial, transformant l'hôtel particulier en une copropriété fragmentée, l'Hôtel de Saint-Jory. Cette histoire mouvementée, faite de reconstructions, d'adaptations et de superpositions d'usages, a conduit à une reconnaissance tardive, mais nécessaire, par son inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, étendue en 2014 à l'ensemble des façades et des sols. La récente restauration menée entre 2020 et 2021 sous l'égide de la Direction régionale des Affaires culturelles visait à retrouver, autant que faire se peut, une cohérence architecturale et une dignité propres à ce type d'hôtel, en dépit des nombreuses couches temporelles. L'Hôtel d'Andrieu de Montcalvel demeure ainsi un document architectural éloquent, même si son caractère est le fruit d'une série de compromis et d'ajustements plus que d'une vision unitaire.