3 square Rapp, Paris 7e
Le numéro trois du square Rapp, niché dans le septième arrondissement de Paris, se présente à l'observateur averti comme une ébauche, une esquisse délicate des audaces formelles qui allaient bientôt s'épanouir avec ferveur à l'orée du XXe siècle. Érigé en 1899 sous la houlette de Jules Lavirotte, cet immeuble est d'une certaine manière un prélude, une note discrète dans le crescendo que l'architecte allait orchestrer avec une exubérance bientôt proverbiale. Il s'agit là d'une de ses premières grandes réalisations, précédant les éclats plus flamboyant de l'Avenue Rapp. Ici, l'Art nouveau, loin des fureurs décoratives de certaines réalisations ultérieures, se manifeste avec une retenue presque timide. La façade, d'une pierre de taille somme toute classique, commence à s'affranchir de la rigueur haussmannienne par des inflexions subtiles. Les balcons, sans être des arabesques fulgurantes, déploient déjà des fers forgés aux motifs sinueux, esquissant les courbes botaniques chères au mouvement. Les ouvertures, loin de la simple orthogonalité, s'animent de linteaux aux cintres adoucis, voire légèrement déjetés, annonçant une plasticité nouvelle. L'ornementation se concentre davantage sur les détails, les encadrements de fenêtres et les souches de cheminée, où la sculpture de la pierre révèle des volutes discrètes, un bestiaire stylisé ou une flore allégée, loin de l'opulence baroque qu'il explorera par la suite. C'est une dialectique du plein et du vide qui s'instaure, où la masse minérale s'adoucit par la grâce de motifs émergents. L'escalier, dont l'inscription au titre des monuments historiques en 2005 témoigne de sa valeur intrinsèque, est souvent le cœur palpitant de ces demeures. Chez Lavirotte, il devient un axe vertébral où la lumière tamisée par des verrières ou des ouvertures secondaires vient caresser des volutes de ferronnerie, invitant à une ascension qui n'est plus seulement fonctionnelle mais sensorielle, préparant le visiteur à l'expérience intérieure. Cette attention portée aux espaces de circulation est emblématique de l'Art nouveau, cherchant à transcender la simple utilité par l'art. À l'époque, la nouvelle esthétique, qu'elle soit celle de Guimard ou de Lavirotte, suscitait autant la fascination que l'indignation. Ses contemporains traditionalistes y voyaient souvent une 'mode hideuse' ou un 'style nouille', quand d'autres y discernaient le souffle d'une modernité désireuse de rompre avec les poncifs académiques. Lavirotte lui-même, conscient de provoquer, ne reculait devant aucune fantaisie pour surprendre le regard, bien que le 3, square Rapp reste une œuvre plus mesurée, presque une expérimentation contrôlée avant les débauches de céramique et de sculpture de l'avenue Rapp. La reconnaissance progressive de ses éléments – façades et toitures dès 1975, puis les escaliers – souligne la réévaluation, tardive mais nécessaire, de ce qui fut jadis perçu comme une excentricité. L'immeuble du square Rapp demeure ainsi un témoin éloquent des prémices de l'Art nouveau parisien, une page discrète mais essentielle de l'évolution architecturale de la capitale, où l'audace se frayait un chemin sous des dehors encore sages.