584 avenue du Prado, Marseille
À Marseille, l'édifice communément appelé la « Mosquée de l'arsenal des Galères », niché dans le parc Valbelle, représente une énigme mémorielle fascinante. Longtemps considéré comme l'ultime vestige de l'oratoire construit au début du XVIIIe siècle pour les galériens ottomans, son histoire s'est avérée bien plus complexe et fragmentée à la lumière des recherches contemporaines, notamment celles de Régis Bertrand. Loin d'être un témoin direct de cette époque douloureuse, l'actuelle structure est en réalité une chapelle privée, érigée en 1927 par l'industriel Paul Rouvière. Sa matière architecturale n'est pas non plus exempte de réemploi. Ses pierres proviennent d'une villa détruite en 1926, qui elle-même avait intégré des éléments du 'Kiosque Bonaparte'. Ce dernier, construit en 1860-1861 par l'ingénieur Léon Cahier dans un style d'orientalisme alors en vogue, était une fantaisie de l'époque, une guinguette pittoresque sans lien authentique avec l'architecture islamique méditerranéenne. L'édifice actuel est donc une accumulation d'éléments disparates, une composition tardive plus qu'une relique historique. La véritable mosquée des galériens, quant à elle, se situait au sein d'un cimetière musulman spécifiquement aménagé entre 1723 et 1725 dans le quartier Monthyon. Selon les descriptions de l'époque, elle comprenait un oratoire, un puits et un hangar pour les rites funéraires. C'était un lieu de dignité minimale pour ces milliers de 'Turcs' esclaves et captifs qui formaient une part significative des rameurs des galères de France entre 1680 et 1748, un 'pourrissoir d'hommes' selon Gérard Noiriel, où la mort était une triste issue commune. Cet ensemble cultuel authentique fut malheureusement absorbé par l'arsenal d'artillerie vers 1792, et il n'en subsiste aucune trace matérielle visible aujourd'hui. L'édifice du parc Valbelle, bien que classé monument historique sous l'appellation de 'mosquée' en 1965, fonctionne ainsi comme une trace mémorielle, un point d'ancrage pour le souvenir collectif, plus qu'une fidélité archéologique. Il est le témoin d'une histoire reconstruite, matérialisant une aspiration à la mémoire des galériens, même si sa propre origine est un montage savant et différé.