5 rue Auguste-Angellier, Lille
La synagogue de Lille, inaugurée en 1891 par l'architecte Théophile-Albert Hannotin, s'insère avec une certaine discrétion, mais non sans une intention affirmée, dans le tissu urbain du nouveau quartier dit latin. Cet ensemble, pensé comme un pôle intellectuel et cultuel avec l'église Saint-Michel et le temple protestant, témoigne d'une période où la cohabitation des confessions cherchait sa matérialisation dans l'architecture. L'édifice, destiné à la communauté ashkénaze nouvellement installée, marque la première expression synagogale construite dans le Nord, traduisant l'implantation d'une population d'origine alsacienne ou d'Europe centrale. Le choix stylistique de l'architecte s'est porté sur un répertoire romano-byzantin, une orientation fréquemment adoptée pour les synagogues de l'époque. Cette esthétique permettait d'éviter les formes directement associées aux édifices chrétiens dominants, offrant une identité distincte, puisant dans un passé méditerranéen et oriental jugé plus neutre ou plus authentique pour la liturgie juive. La nef, de dimensions relativement modestes, dix-sept mètres de long pour sept virgule six de large, est rythmée par douze piliers de fonte. Ces éléments, symboliquement liés aux douze tribus d'Israël, révèlent une intégration de la technologie industrielle de l'époque dans une enveloppe historicisante, un compromis pragmatique entre l'élégance structurelle et la nécessité économique. Le fronton, orné des tables de la Loi, est encadré de pilastres où l'œil attentif distinguera des couples de cigognes, un motif délicat qui renvoie aux origines géographiques, notamment alsaciennes, d'une partie de la communauté fondatrice. C'est un détail charmant, une signature identitaire discrète apposée sur la pierre. L'inscription en hébreu, tirée de la Genèse, Ceci n'est autre que la maison du Seigneur, et c'est ici la porte du ciel, grave la sacralité du lieu, affirmation sereine de sa fonction spirituelle. Il est à noter que la synagogue de Lille est l'une des rares en France à avoir conservé l'intégralité de son mobilier d'origine, également conçu par Hannotin. Cette préservation est le fruit d'une conjoncture singulière : durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment fut réquisitionné par l'occupant allemand et transformé en entrepôt, une fonction des plus prosaïques qui, par une ironie de l'histoire, le soustraya aux destructions ou aux spoliations massives subies par d'autres lieux de culte. L'inscription à l'inventaire des monuments historiques en 1984 vint consacrer une valeur patrimoniale tardivement reconnue. Cet édifice, loin des fastes grandiloquents, demeure un témoignage éloquent et singulier de l'architecture synagogale française du XIXe siècle, une expression mesurée d'une présence et d'une identité.