Voir sur la carte interactive
Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours

Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours

1bis quai Turenne 12 rue Bon-Secours, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

La chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, dont l'aspect actuel, inscrit au titre des monuments historiques, révèle une histoire bien plus pragmatique que purement mystique, fut érigée à la fin du XVIIIe siècle, précisément entre 1776 et 1780. Cette période, charnière, voit l'Île de la Saulzaie, naguère simple îlot, s'urbaniser sous l'impulsion de la sécurité relative apportée par la forteresse de Pirmil. L'édification d'une chapelle primitive dès 1443 sur ce terrain en mutation témoigne d'un besoin de spiritualité concomitant au développement résidentiel. Cependant, cette première structure, vouée aux pèlerinages, finit par succomber aux outrages du temps, laissant place à l'édifice que nous connaissons aujourd'hui au quai Turenne. Il est regrettable que les archives ne nous livrent qu'un aperçu succinct de son parti architectural d'origine. Néanmoins, sa construction, contemporaine des prémices du néoclassicisme, laisse supposer une esthétique privilégiant la clarté des lignes et une certaine sobriété volumétrique, loin des exubérances baroques. Un choix sans doute pragmatique pour un édifice cultuel inséré dans un tissu urbain en densification, et possiblement contraint par les impératifs budgétaires de l'époque. La brièveté de son usage initial, brutalement interrompue en 1793 par les événements révolutionnaires, est frappante. Vendue comme bien national dès 1795, la chapelle fut promptement divisée en quatre lots d'habitation. Cette facilité d'appropriation résidentielle ne manque pas de nous interroger sur la flexibilité structurelle de l'édifice, capable de se muer en demeures distinctes sans altération irrémédiable de son enveloppe extérieure. Une capacité d'adaptation singulière pour une construction initialement dédiée au culte, et qui pourrait indiquer une absence d'emphase architecturale trop spécifique à sa fonction première, favorisant une modularité inattendue. L'édifice, malgré cette transformation radicale, a su préserver suffisamment de son caractère originel pour que ses façades et toitures soient protégées. Parallèlement, l'odyssée de la statue de Notre-Dame du Bon Secours, dissimulée par des paroissiens avisés, puis resurgie des affres révolutionnaires, offre un témoignage éloquent des vicissitudes traversées par le patrimoine religieux. Endommagée par les bombardements de 1944 avant sa restauration et son déménagement à Sainte-Croix, elle symbolise une continuité de dévotion qui a su perdurer bien au-delà des murs qui l'abritèrent initialement. Les récentes restaurations, menées entre 2011 et 2014, ont permis de consolider l'édifice, assurant sa pérennité et nous rappelant qu'un monument peut connaître plusieurs existences, adaptant sa forme et sa fonction aux exigences des époques, sans jamais renoncer à son histoire.