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Porte de la Monnaie

Porte de la Monnaie

Quai de la Monnaie Quai Sainte-Croix, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

La Porte de la Monnaie, plutôt qu'une entrée fracassante dans le tissu urbain de Bordeaux, constitue une élégante et fonctionnelle articulation. Conçue sous l'égide de l'intendant Tourny, figure tutélaire de l'aménagement bordelais du XVIIIe siècle, elle répondait à une nécessité pragmatique : celle de désenclaver les quartiers riverains, autrefois coupés du port par une enceinte obsolète. L'idée de percer de nouvelles ouvertures, permettant une communication fluide entre la ville et ses activités maritimes, fut ici exécutée par André Portier, dont les plans furent mis en œuvre par l'entrepreneur Jean Alary entre 1758 et 1759. L'édifice, adoptant la forme d'un arc de triomphe, se distingue cependant par une sobriété presque monacale. Point de surcharge ornementale, point d'aplomb déclamatoire. Sa facture classique se manifeste par des lignes pures, un agencement mesuré de pilastres et d'un entablement discret, le tout couronné d'une corniche sans fioritures. Il s'agit d'un geste architectural plus utilitaire que sculptural, une ouverture simple qui rompt la massivité des quais sans chercher la grandiloquence des Portes d'Aquitaine ou de Bourgogne. Le passage central, unique, délimite un vide structurant, invitant le regard et le flux à traverser ce seuil de pierre. Son appellation, la Porte de la Monnaie, tire son origine de l'atelier monétaire déplacé jadis à proximité. Un nom qui ancre le lieu dans une histoire économique et administrative précise, bien loin des fantaisies évocatrices. Il est d'ailleurs piquant de noter que la rue qu'elle ouvrait, initialement la rue Anglaise, portait également le surnom moins officiel de rue des Arlots, terme désignant sans ambages les dames de petite vertu. Ce détail, souvent omis dans les descriptions officielles, peint un tableau plus réaliste de l'effervescence et des mœurs d'un quartier portuaire. Inscrite au titre des monuments historiques en 1965, cette porte n'est pas sans intérêt pour l'observateur averti. Elle témoigne avec une discrétion certaine de la volonté de modernisation urbaine des Lumières, d'une quête d'ordre et de rationalité, même dans les détails apparemment mineurs de l'urbanisme. Sa modestie même en fait une pièce singulière du dispositif des portes bordelaises, offrant une lecture des compromis esthétiques et fonctionnels qui caractérisent souvent les entreprises architecturales de grande envergure. Elle illustre, en somme, l'art de l'utile habillé avec une dignité sans prétention.