Rue de la Pléiade Sentier des Garennes, Cachan
L'acheminement de l'eau à Paris, préoccupation éminemment pragmatique, fut l'un des chantiers fondateurs du XVIIe siècle, en particulier pour la rive gauche, notoirement délaissée. Ce n'est qu'avec l'impulsion de Marie de Médicis, dont le projet de palais du Luxembourg réclamait des eaux vives pour ses parterres et fontaines, que l'aqueduc de Rungis, dit de Médicis, prit corps. L'œuvre, confiée successivement à Jean Coingt puis à son gendre Jean Gobelain, fut mise en service en 1623, perpétuant ainsi une tradition hydrologique romaine sur un tracé non sans échos à celui de l'aqueduc de Lutèce, édifié quinze siècles auparavant. L'aqueduc, par essence, est un ouvrage d'une modestie structurelle remarquable, se dissimulant pour l'essentiel dans les entrailles du sol. Sa galerie souterraine, un couloir voûté d'environ 1 mètre de large et 1,75 mètre de haut, est un témoignage d'ingénierie fonctionnelle, érigée en meulière et caillasse, consolidée par des chaînages de pierres de taille. L'eau y chemine par simple gravité, captée jadis dans le carré des eaux de Rungis et enrichie au fil des ans par une multitude de sources secondaires, une gestion hydraulique méthodique destinée à garantir un débit constant. La particularité de cet aqueduc réside dans son absence de monumentalité affichée, contrastant avec d'autres ouvrages plus ostentatoires. Il est en cela un exemple éloquent d'architecture utilitaire, dont la présence discrète est interrompue çà et là par des édicules techniques, les regards. Ces derniers, simples bâtisses de surface, abritent des bassins d'oxygénation et des escaliers d'accès, constituant des points de contrôle essentiels à l'entretien de la galerie. On notera d'ailleurs l'une de ces structures parisiennes, le regard numéro 25, dont l'inspiration architecturale, paraît-il, viendrait du mausolée de Cyrus à Pasargades, un clin d'œil d'érudition inattendu pour un ouvrage à vocation aussi technique. Le seul véritable manifeste architectural de l'aqueduc est le pont-aqueduc d'Arcueil-Cachan. Ce franchissement de la vallée de la Bièvre, long de 379 mètres et conçu par Thomas Francine et Louis Métezeau, est une succession d'arches en plein cintre qui dessinent une silhouette à la fois élégante et robuste. Il partage son emplacement, signe d'une permanence des contraintes topographiques, avec les vestiges de l'aqueduc romain et supporte même, plus tard, les piles de l'aqueduc de la Vanne. C'est ici que l'ouvrage se dérobe à sa nature souterraine pour s'affirmer dans le paysage, offrant une mesure de son ambition structurelle. La répartition des eaux, quant à elle, était éloquente des priorités de l'époque : une part significative pour le Palais du Luxembourg (18 pouces d'eau) et une proportion moindre (12 pouces) pour les fontaines publiques parisiennes. Aujourd'hui, l'aqueduc poursuit son service, bien que transformé. Ses sources originelles se sont taries sous l'effet d'une urbanisation vorace, et ses eaux, jadis réputées pour leur limpidité, sont désormais impropres à la consommation, témoignant d'une ironique déchéance qualitative. Il demeure un patrimoine technique précieux, géré par Eau de Paris, et dont plusieurs éléments sont inscrits ou classés au titre des monuments historiques, pérennisant ainsi la mémoire d'une prouesse d'ingénierie souterraine, à l'ère où l'eau potable était un luxe et non une donnée environnementale compromise.