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Maison de Jean Mariette

Maison de Jean Mariette

67 rue Saint-Jacques, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur de la vénérable rue Saint-Jacques, artère séculaire de la rive gauche, se dresse, sans ostentation excessive, un édifice qui fut la demeure et le comptoir de Jean Mariette. Non pas l'œuvre d'un grand maître anonyme, mais le fruit d'une dynastie d'éditeurs et graveurs, celle des Mariette, qui, au XVIIIe siècle, contribuait à façonner le paysage culturel parisien bien au-delà des palais. C'est en 1734 que Jean Mariette, héritier de ce nom illustre, ordonna la reconstruction et l'agrandissement de la propriété paternelle, fusionnant trois parcelles adjacentes en une structure composite, typique de l'ingéniosité foncière de l'époque. La façade sur rue, délibérément vouée à l'usage locatif et commercial, affiche une certaine retenue. Son ordonnancement, quoique classique, évite toute emphase superflue. On y distingue néanmoins un balcon, sobrement orné d'une grille en fer forgé, dont le motif, délicatement ciselé, est dépeint sous les atours charmants d'« ailes de papillon ». Une coquetterie qui tranche avec la fonctionnalité brute du rez-de-chaussée où s'ouvrait, derrière une devanture de bois aujourd'hui disparue, l'arcade de la boutique de Mariette. Cette élévation de deux étages, qui dote l'édifice d'une prestance accrue, témoigne d'une ambition verticale caractéristique des réaménagements urbains, où l'optimisation de l'espace primait souvent sur une pure esthétique monumentale. À l'arrière, la cour dévoile une intention décorative plus affirmée. Le rez-de-chaussée y est rythmé par des arcades en anse de panier, dont les clefs de voûte sont animées de mascarons, ces visages énigmatiques, parfois grotesques, hérités d'une tradition maniériste et baroque, qui veillent sur l'intimité de l'espace. Loin de la stricte rationalité de la rue, l'arrière-cour offrait un refuge où le détail sculpté pouvait s'épanouir. On y accède, comme aux étages, par un escalier dont la rampe en fer forgé, d'une belle facture, évoque l'excellence de l'artisanat du XVIIIe siècle, un élément que l'on retrouve également dans le bâtiment du fond, qui abritait les appartements privés du maître de céans. C'est sous cet ensemble que subsistent, discrètement, des vestiges médiévaux : des caves qui racontent une histoire plus ancienne encore, un palimpseste urbain où chaque strate architecturale se superpose à la précédente, témoin silencieux des métamorphoses de la cité. La maison de Jean Mariette n'était pas seulement une résidence ou un commerce ; elle était un haut lieu de l'édition parisienne. C'est ici, sous l'enseigne emblématique « Aux Colonnes d'Hercule », que Mariette vendait ses estampes et livres, participant activement à la diffusion des idées et des formes artistiques. Son établissement était un carrefour pour les connaisseurs et les artistes, un point d'ancrage pour l'érudition et la curiosité. L'inscription aux Monuments Historiques n'est pas tant la reconnaissance d'une splendeur architecturale éclatante – l'édifice est avant tout un exemple de pragmatisme bourgeois éclairé – que celle d'un fragment tangible de l'histoire sociale et culturelle de Paris, un vestige discret mais éloquent de l'activité d'un homme qui, par son travail, fit rayonner le goût français bien au-delà des salons.