
Rue Alphonse Colas Rue des Prisons, Lille
De cette ancienne collégiale Saint-Pierre, il ne demeure qu'une énigme souterraine, un murmure de l'histoire lilloise, la crypte romane qui subsiste sous le Palais de justice actuel. Son existence, attestée dès 1066 par une charte de dotation du comte Baudouin V de Flandre, révèle un édifice roman érigé avec la robuste pierre de Tournai, déjà siège d'un chapitre de chanoines et d'un pouvoir foncier considérable. Cette première construction, s'inscrivant dans l'enceinte comtale, abritait le sépulcre de son fondateur. L'évolution de ce monument, initialement modeste, est fascinante. Au XIIIe siècle, l'ambition grandissante de ses clercs le propulsa vers une transformation gothique, inspirée par la cathédrale de Soissons, manifestant une nette volonté d'élévation et de magnificence. C'est à cette période qu'elle acquit la fameuse statue de Notre-Dame de la Treille, dont le destin fut aussi tourmenté que celui de la collégiale elle-même, partiellement détruite lors du sac de Lille en 1304. La collégiale ne cessa de se parer, intégrant au XVe siècle sous l'impulsion de Philippe le Bon, une maîtrise de chant polyphonique, signalant une exigence culturelle et spirituelle. Ce même duc fit restaurer la Vierge de la Treille et impulsa l'extension de la dévotion à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, dont les sept stations douloureuses furent érigées au XVIIe siècle. La collégiale était un centre névralgique, non seulement religieux mais aussi éducatif, conservant longtemps le monopole de l'enseignement latin. Au gré des siècles, elle connut de nouveaux aménagements, recevant une voûte gothique en 1504 et un jubé au cours du XVIe siècle, témoignant d'une constante mise à jour stylistique. Même Louis XIV, après le siège de 1667, vint prêter serment devant Notre-Dame de la Treille, faisant achever la statue par l'adjonction de ses jambes manquantes, soulignant ainsi son importance symbolique et politique. Cependant, l'épopée de cette imposante structure prit fin abruptement. Sérieusement endommagée lors du siège autrichien de 1792, elle fut déclassée et sa destruction méthodique débuta en 1794, l'éradiquant presque entièrement du paysage lillois. De sa grandeur passée, seuls subsistent la crypte romane, classée monument historique en 1971, quelques arches de son cloître dans un jardin privé, et son cellier, discrètement préservé sous les fondations d'un hôtel particulier. Les tombeaux fastueux des comtes de Flandre, tels Baudouin V ou Louis de Male, dont la dépouille reposait dans un monument d'airain doré richement orné, ont également subi le sort de la collégiale, dispersés ou perdus. Ce qui demeure de Saint-Pierre est moins une présence architecturale qu'une puissante évocation d'un patrimoine englouti, un rappel de la fragilité des œuvres humaines face aux caprices de l'histoire et à la violence révolutionnaire. Ses œuvres d'art, dont le maître-autel de Charles de la Fosse, sont aujourd'hui éparpillées dans les musées et églises de la région, fragments d'une unité perdue.