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Église Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ézanville

Église Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ézanville

Ézanville

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Notre-Dame-de-l'Assomption à Ézanville offre un cas d'étude singulier, où la persistance d'un chœur raffiné du XVIe siècle contraste avec la fortune plus modeste des éléments qui l'accompagnent. Ce fragment architectural, classé monument historique dès 1915, se dresse comme le témoin principal d'une ambition de la période flamboyante, quoique teinté des premières influences de la Renaissance. Sa modeste largeur de six mètres, pour une hauteur de neuf, et une longueur d'environ quinze mètres, n'empêche pas une certaine élégance dans son exécution. L'édifice, initialement une simple chapelle dépendante d'Écouen, puis une succursale, révèle d'abord un clocher du XIVe siècle sans éclat stylistique particulier, aujourd'hui érigé obliquement. Le chœur, lui, s'affirme par ses piliers ondulés engagés, une caractéristique souvent rencontrée en pays d'Oise, portant ici des frises sculptées à la manière de chapiteaux. Ces ornements déploient un répertoire végétal de feuilles de chou frisé, de tiges et de pampres, d'une facture certaine, ajoutant une singularité à ces supports où les nervures pénétrantes auraient pu prévaloir. Les cordelettes tendues sous ces frises attestent d'une recherche décorative inhabituelle. L'intérieur du chœur se distingue par la complexité de ses voûtes. Si les arcs-doubleaux présentent un profil prismatique élaboré, ce sont les voûtes à liernes et tiercerons des deux dernières travées, et surtout le dessin évoquant les pétales d'une fleur dans l'abside, qui retiennent l'attention, même si les clés secondaires ont été ramenées à de simples tablettes. Les clés pendantes, véritable signature de cette période transitoire, arborent des motifs classiques tels que rais de cœur, perles et rinceaux, annonçant la Renaissance. L'arc triomphal, partiellement conservé, confirme cette interpénétration des styles par ses rinceaux et têtes de chérubins, tandis que les grandes arcades nord n'ont jamais dépassé le stade d'une réalisation rudimentaire, paraissant percées a posteriori dans un mur. L'éclairage est assuré par de nombreuses fenêtres en tiers-point, dont certaines à formes en plein cintre témoignent de la bascule vers le goût renaissant. L'élévation méridionale et le chevet du chœur affichent une recherche de proportion et de décoration, avec des contreforts sculptés de feuillages et de chimères, et un curieux animal fantastique ornant l'un d'eux, portant des armoiries désormais indéchiffrables, stimulant l'imagination bien au-delà de la stricte liturgie. En revanche, l'élévation septentrionale est d'une sobriété qui confine au prosaïque, un compromis souvent dicté par l'économie et la position du bâtiment. L'histoire de la nef illustre parfaitement les vicissitudes de l'édifice. Démolie en 1832 faute de moyens, ses matériaux servirent à financer la restauration du chœur, une transaction symptomatique des réalités financières de l'époque. La nef actuelle, inaugurée en 1967 et œuvre de Sylvain Stym-Popper, marque une rupture stylistique nette, avec ses ogives en béton armé et ses vitraux abstraits, offrant un contraste brutal avec la délicatesse ouvragée du chœur, aujourd'hui malheureusement encombré d'étais. Parmi les éléments mobiliers, deux statuettes du XVIe siècle, Sainte Catherine et un évêque non identifié, bien que mutilées, subsistent avec les traces de leur polychromie originelle. Des fragments de vitraux de la Renaissance, regroupés dans l'abside, continuent de diffuser une lumière tamisée, portant des scènes bibliques et hagiographiques. L'ensemble, malgré les interventions successives et les inévitables marques du temps, demeure un spécimen intéressant de l'évolution architecturale en Île-de-France, naviguant entre la persistance d'une tradition et l'ouverture aux innovations de son époque.