12 bis rue du Taur, Toulouse
L'Église Notre-Dame du Taur, sise au cœur battant de Toulouse, entre l'effervescence du Capitole et la majesté de Saint-Sernin, s'impose non pas par une monumentalité éployée, mais par une intégration urbaine des plus singulières. Sa façade occidentale, ce grand mur de briques qui n'est autre qu'un clocher-mur, s'enchâsse avec une certaine modestie dans l'alignement des bâtisses, masquant l'ampleur véritable de l'édifice. Il s'agit là d'une prouesse architecturale du gothique méridional, non la plus ancienne certes – Saint-Étienne de Montaudran la précède – mais indéniablement l'une des plus imposantes, s'élevant à quarante-deux mètres. Ses deux niveaux, flanqués de tourelles et couronnés d'un fronton triangulaire, sont percés d'ouvertures à arcs en mitre, ces ouilles caractéristiques qui ne manquent pas d'évoquer celles du clocher de la basilique voisine. Ce système offre une solution à la fois pragmatique et esthétique pour un site contraint, une réponse urbaine au défi de la verticalité. Le portail, gothique lui aussi, rappelle par sa conception celui des Cordeliers, avec ses voussures élégantes et ses niches abritant des statues dont les originales, victimes des aléas révolutionnaires, furent remplacées par des figures provenant de la chapelle de Rieux. L'édifice se dresse, selon une tradition tenace, à l'emplacement présumé du martyre de l'évêque Saturnin, traîné par un taureau furieux. Si les fouilles récentes n'ont pas confirmé la présence d'un oratoire paléochrétien précis, l'ancrage mémoriel reste prégnant, expliquant l'évolution de son nom, de simple église du Taur à Notre-Dame du Taur en 1534, après avoir été Saint-Sernin du Taur. À l'intérieur, la nef unique, vaste vaisseau de douze mètres de large sur quarante de long et seize de haut, est un modèle achevé du gothique méridional, caractérisé par sa sobriété et son absence de bas-côtés, permettant un espace liturgique unifié. Initialement plus courte, elle fut agrandie vers l'est au XVe siècle, époque qui vit l'arrivée du Saint-Suaire de Cadouin à Toulouse, enrichie de chapelles latérales dans ses travées terminales. Le temps a laissé ses marques, effaçant les boiseries du XVIIe siècle pour révéler fortuitement, en 1872, les vestiges d'une remarquable peinture murale du XIVe siècle figurant la généalogie de Jacob. Le chœur, réaménagé selon les préceptes de Vatican II, abrite les reliques des saints Saturnin, Florian et Quentin, et est dominé par une peinture de Bernard Bénézet illustrant le martyre du saint fondateur. Mais c'est sans doute la chapelle axiale qui retient l'attention, par sa clef de voûte armoriée et surtout par la présence de Notre-Dame du Rempart, statue du XVIe siècle dont l'histoire est intrinsèquement liée à la « Délivrance » de la ville en 1562, lorsque la population protestante fut chassée. Déposée ici après la démolition de son oratoire d'origine, elle continue d'être parée de robes de brocart, témoignant d'une dévotion populaire constante. Enfin, l'orgue de tribune, œuvre majeure d'Eugène Puget de 1878-1880, classé monument historique, dont l'inauguration fut confiée au célèbre Alexandre Guilmant, ponctue encore aujourd'hui de ses sonorités la vie paroissiale, assurant la pérennité musicale de ce lieu où l'histoire, la légende et l'architecture s'entremêlent avec une discrète persistance.