58 boulevard Charles Livon, Marseille
Le Palais du Pharo à Marseille, une structure dont l'appellation même évoque un signal maritime, s'impose sur son promontoire avec une sorte de monumentalité qui, curieusement, oscille entre l'austérité d'une résidence d'État et l'agrément d'une villégiature côtière. Commandité par Napoléon III, non point pour le faste absolu, mais comme un geste politique envers une cité phocéenne en pleine effervescence économique au milieu du XIXe siècle, sa genèse fut d'emblée marquée par des atermoiements. La ville, reconnaissante des faveurs impériales qui modernisaient son port et ses infrastructures, avait, il est vrai, généreusement contribué à l'acquisition de ce terrain escarpé de la Teste More, non sans y engloutir des sommes considérables pour un nivellement préalable. L'architecte genevois Samuel Vaucher, initialement chargé du projet, puis rapidement chaperonné par Hector-Martin Lefuel, vit ses plans s'aligner sur ceux de la Villa Eugénie de Biarritz, adoptant un plan en U. Cependant, l'édifice marseillais, d'une envergure plus conséquente, privilégiait une pierre locale pour sa massivité, là où sa cousine basque s'habillait de briques. La pose de la première pierre, en 1858, jour de la Saint-Napoléon, augurait un destin impérial qui ne fut jamais accompli. Les retards s'accumulèrent, entre des évolutions techniques incessantes, une pénurie de crédits et les défis d'approvisionnement en pierre, ressources également mobilisées pour la cathédrale de la Major. Ces contingences entraînèrent le remplacement de Vaucher par le plus pragmatique Henri-Jacques Espérandieu, déjà à l'œuvre sur Notre-Dame-de-la-Garde, un architecte dont la réputation marseillaise n'était plus à faire. Pourtant, même sous sa direction, le palais demeura inachevé à la chute de l'Empire en 1871. Le couple impérial n'y posa jamais ses valises, reléguant ainsi cette ambition dynastique au rang d'une chimère architecturale. L'histoire post-impériale du Pharo fut d'ailleurs à la mesure de ce désenchantement. Les ornements napoléoniens furent hâtivement retirés par une foule prompte à effacer les symboles d'un régime déchu. Après une querelle juridique avec l'Impératrice Eugénie, qui récupéra la propriété en 1884 pour l'offrir ensuite à la ville sous condition d'utilité publique, le bâtiment connut une réaffectation des plus prosaïques. D'hôpital temporaire pour les cholériques et les tuberculeux, il devint le siège de la faculté de médecine, puis de l'Institut de médecine tropicale. Ces adaptations utilitaires altérèrent sa pureté originelle, notamment par la surélévation des ailes latérales, qui vit disparaître les toitures à la Mansart, ne conservant qu'au corps central ce détail d'élégance. Les façades, jadis pensées avec des baies en plein cintre au rez-de-chaussée et des fenêtres arquées aux étages, ornées de guirlandes et de coquilles, ainsi que le fronton triangulaire affichant les armes de la ville, témoignent encore de ces références classiques. Aujourd'hui, il sert de centre de congrès et de réception, agrémenté d'extensions souterraines vitrées, offrant des vues imprenables sur le Vieux-Port et d'un auditorium moderne. Le Pharo incarne ainsi la transformation d'un projet impérial avorté en un équipement public multifonctionnel, une illustration éloquente des caprices de l'histoire et de la résilience d'un bâti dont la vocation initiale fut détournée avec une efficacité toute marseillaise.