Villaines-sous-Bois
À Villaines-sous-Bois, l'église Notre-Dame-de-la-Nativité offre un exemple éloquent des paradoxes de l'architecture rurale. Son clocher, attesté dès le milieu du XIIIe siècle, ne se distingue guère par quelque singularité notable, une tour en bâtière d'une simplicité fonctionnelle, dont l'étage de beffroi se perce de baies en tiers-point, peu inventives. L'ensemble, enduit sur des moellons irréguliers, ne promet au premier abord que l'humilité d'une modeste chapelle. Cependant, derrière cette façade d'une discrétion quasi regrettable, se cache un chœur dont l'ambition détonne. Reconstruit durant la seconde moitié du XVIe siècle, voire autour de 1600, il témoigne d'une période de transition stylistique où le gothique flamboyant, par ses nervures prismatiques et l'usage de l'arc brisé, s'entrelace avec la Renaissance, manifeste dans l'opulence des clés de voûte pendantes et l'ordonnancement singulier des chapiteaux. Ces derniers, dénués de tailloirs à proprement parler, arborent une succession de moulures et des corbeilles sculptées de motifs empruntés aux métopes et architraves, alternant consoles en ailerons et patères à ombilic. La rosace nord-ouest, dite tournante, insuffle un rare dynamisme à l'ensemble. La voûte elle-même est une pièce d'orfèvrerie. Inspirée du dessin en étoile à losange central, elle déploie un réseau complexe d'ogives, de liernes et de tiercerons convergeant vers pas moins de neuf clés de voûte pendantes. La clé centrale, ornée d'une guirlande, d'une couronne ajourée et d'un disque denticulé, fut jadis amputée de sa partie inférieure, peut-être pour effacer les armoiries d'un seigneur. On pourrait y imaginer, à l'instar d'autres édifices, un petit temple orné de statuettes, une ambition singulière pour un tel lieu. Le profil aigu des ogives surprend pour l'époque, déjouant les préférences pour les formes méplates alors en vogue. La nef, elle, contraste par sa résolution plus terre-à-terre : une simple salle rectangulaire à plafond plat, remodelée au XVIIIe siècle, capable d'accueillir une soixantaine de fidèles. Son portail en anse de panier, flanqué de pilastres à bossages et surmonté d'un fronton triangulaire, offre un certain décorum, bien que le cercle central fût probablement victime de l'ardeur révolutionnaire. L'espace intérieur se révèle d'une largeur variable, un contrefort du clocher s'y immiscant. L'histoire du lieu est jalonnée de transferts et de retours. Le mobilier, un temps déplacé à Belloy-en-France après la Révolution, n'est que partiellement revenu. Seule la cloche de 1701, nommée Marie, garde sa place et l'inscription de ses parrains. Parmi les vestiges, la plaque commémorative de Guillaume de Verthamont, secrétaire du roi assassiné en 1601, retient l'attention par son texte poignant, une lamentation conjugale contre la violence, et la dalle funéraire de ce même seigneur, usée mais lisible, dépeignant le défunt en prière. Ces éléments, malgré leur modeste condition, confèrent à cette église, inscrite aux monuments historiques en 1969, une profondeur inattendue, un témoignage stratifié des siècles et des fortunes du village. Elle continue d'accueillir des messes selon une forme ancienne du rite romain, perpétuant une tradition qui dépasse sa simple fonction architecturale.