place de l'Église-d'Auteuil, Paris 16e
L'Église Notre-Dame-d'Auteuil, érigée entre 1877 et 1892, se présente comme une manifestation tardive, et non dénuée d’une certaine ambition, du style romano-byzantin, cet éclectisme architectural qui ponctua la fin du XIXe siècle. Sa construction, orchestrée par l’atelier d’Émile Vaudremer – un architecte souvent associé à des œuvres plus prosaïques, mais dont la rigueur transparaît ici – répondit à l'impératif démographique d'un Auteuil nouvellement rattaché à Paris en 1860, supplantant un édifice historique dont les fondations remontaient au XIe siècle. Une anecdote, peut-être, mais révélatrice d’une certaine superposition temporelle, est l’obélisque de marbre, antérieur à l’église et dédié « aux mânes d'Aguesseau » en 1753, qui contemple aujourd’hui l’ouvrage de Vaudremer avec une impassibilité toute minérale. De ses 63 mètres de longueur et son clocher culminant à 50 mètres, l'église impose une volumétrie rectangulaire et une verticalité notable. La façade orientale, donnant sur la place, ménage une entrée sous un porche où la Vierge à l'Enfant se tient en avant-corps, tandis que le tympan présente un Christ en majesté dans une mandorle, bénissant, le livre fermé sur son genou – une iconographie classique, exécutée avec une solidité formelle attendue pour l'époque. Le linteau, orné de la croix et du pampre de vigne, renvoie à une exégèse scripturale directe, rappelant le rôle didactique de l'ornementation. L'intérieur révèle une nef séparée des bas-côtés par des piliers cruciformes soutenant une succession de coupoles, illustrant parfaitement la typologie romano-byzantine chère à ses concepteurs. Récemment, un ravalement intérieur d'envergure (2021-2023) a permis de dégager la luminosité des volumes, auparavant masquée par des siècles de patine et de pollution, grâce notamment à un mécénat substantiel. L'abside, haute et large, est dominée par un Christ pantocrator, faisant face à un autel moderne de Philippe Kaeppelin, dont la facture en plomb repoussé et feuilles d'or, orné de séraphins, évoque l'Arche d'alliance, créant un dialogue parfois inattendu entre les époques. La présence d'une Mater Dolorosa de Jean-Baptiste Carpeaux, sous vitrine dans la chapelle du transept Nord, élève le niveau artistique de l'ensemble, offrant un contrepoint sensible à la monumentalité générale. La crypte, quant à elle, recèle une copie d’une Vierge en terre cuite du XVIIe siècle, l'originale ayant été dérobée, détail qui vient rappeler la fragilité du patrimoine face aux vicissitudes du temps. Les grandes orgues méritent une attention particulière. Initialement commandé à Cavaillé-Coll pour l'Exposition universelle de 1878, puis dévolu à l’église après maint rebondissement, l'instrument finalement livré en 1885 est un chef-d'œuvre de la facture romantique, particulièrement adapté au répertoire de Widor ou Dupré. Cet orgue, avec ses 53 jeux et sa traction électrique, témoigne d'une exigence acoustique et musicale certaine. Le campanile, quant à lui, abrite une sonnerie de quatre cloches dont la plus ancienne, « Marie », fondue en 1565, traverse les siècles, classée Monument Historique depuis 1994, bien avant l’inscription de l’édifice tout entier en 2018. Cette persistance de l'ancien au sein du nouveau n'est pas sans intérêt. Enfin, l'édifice connut des usages moins orthodoxes : la tenue d'une messe de commémoration pour Claude François en 1978 y ajoute une touche d'insolite à son histoire. Alfred de Musset, lui, avait préféré l'ancienne église pour sa 'Ballade à la lune', une préférence peut-être dictée par le pittoresque révolu.