7 place Général-Mellinet, Nantes
L'hôtel Philippe, érigé en 1828 à Nantes, sur la place Général-Mellinet, se présente comme un exemple typique, quoique discret, de l'architecture résidentielle bourgeoise des premières décennies du XIXe siècle. Sa façade, d'une sobre régularité, témoigne de la persistance d'un classicisme épuré, à l'aube d'un siècle qui verrait tant de bouleversements esthétiques. Point de faste exubérant ou de profusion décorative ici ; l'ornementation se réduit à des corniches modestes, des bandeaux horizontaux et une modénature discrète autour des baies, soulignant le rythme ordonnancé des ouvertures. C'est l'ordre qui prévaut, une certaine retenue propre à l'esprit de la Restauration, loin des dernières flamboyances du Directoire ou de l'Empire. L'organisation spatiale répond aux canons de l'hôtel particulier classique ; l'on y devine la distinction entre la façade sur rue, plus formelle et représentative, et celle donnant sur un jardin intérieur, où l'intimité et la lumière naturelle pouvaient s'épanouir. Le jeu entre le plein des murs et le vide des fenêtres se résume à une géométrie élémentaire, où chaque élément trouve sa place dans une composition d'une lisibilité immédiate. L'emploi de matériaux locaux, probablement le tuffeau pour les encadrements et chaînages, rehaussé d'un enduit clair sur la pierre de moellon, conférait à l'ensemble une élégance discrète, presque vernaculaire, loin des prétentions parfois ostentatoires des constructions parisiennes de la même époque. L'équilibre recherché n'était pas celui d'une grandeur monumentale, mais celui d'une distinction sociale affirmée avec une certaine pudeur. Initialement résidence de la famille Maës, cet édifice incarne la prospérité d'une bourgeoisie nantaise soucieuse d'afficher son statut sans emphase excessive. Par la suite, l'industriel conserveur Raoul Philippe y établit sa demeure, marquant la transition d'une fortune foncière ou commerciale traditionnelle vers celle issue de l'industrialisation naissante. Il est probable que l'agencement intérieur, pensé pour les réceptions et la vie domestique d'une famille notable, fut adapté avec le temps pour répondre aux exigences d'un homme d'affaires, peut-être avec l'intégration de bureaux discrets ou de salles d'archives. La fonction primait, toujours, sur l'esbroufe. L'architecte de cette demeure, comme c'est souvent le cas pour les bâtiments de cette catégorie et de cette époque en province, n'est pas communément célébré. Son œuvre s'inscrit dans un anonymat productif, reflétant une maîtrise des conventions plutôt qu'une quête d'originalité. On raconte, sans pouvoir le vérifier avec certitude, que la cour d'honneur, invisible depuis la rue pour le passant distrait, aurait été le théâtre de réceptions discrètes où les affaires de la ville se nouaient plus sûrement qu'à la Chambre de commerce. La reconnaissance tardive de l'édifice, avec son inscription aux monuments historiques en 1988, puis en 2011, souligne d'ailleurs un certain rééquilibrage de la mémoire architecturale, longtemps obnubilée par les grands gestes et les signatures illustres. Il y a, dans cet hôtel Philippe, une leçon de modestie et d'efficacité, un témoignage éloquent de la fabrique urbaine et sociale d'un Nantes en pleine évolution, loin des prétentions grandiloquentes et des modes éphémères. Un monument sans panache, peut-être, mais non sans caractère ni intérêt.