Voir sur la carte interactive
Hôtel de Marsilly

Hôtel de Marsilly

18 rue du Cherche-Midi, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

Il est toujours éclairant de constater comment la pierre et le plâtre peuvent servir d'épithètes à l'ascension sociale. L'Hôtel de Marsilly, élevé entre 1738 et 1740 au détour de la rue du Cherche-Midi, offre à cet égard un cas d'école. Loin d'être l'apanage d'une lignée séculaire, cette demeure fut la commande de Claude Bonneau, un entrepreneur du roi, homme de métier plutôt que de naissance. Il s'adjoignit les services de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, le « dernier des Mansart », architecte alors fort prisé, notamment par le prince de Condé, abbé de Saint-Germain-des-Prés. Une collaboration qui, à elle seule, signale le désir de Bonneau de se doter d'une respectabilité architecturale à la hauteur de sa fortune, en s'offrant l'expertise d'un nom illustre, quitte à perpétuer un style plus qu'à l'inventer. La conception de l'hôtel épouse la typologie classique parisienne : un corps de logis principal en fond de cour, flanqué d'ailes et précédé d'un bâtiment sur rue. Cette ordonnance spatiale, savamment orchestrée, ménage une progression du domaine public de la rue vers l'intimité du jardin. On y retrouve l'expression d'un Rococo maîtrisé, sans les exubérances les plus fantasques, mais non sans une certaine élégance. La façade incurvée donnant sur la cour, mentionnée à juste titre dans les protections au titre des monuments historiques, constitue un élément notable. Elle adoucit la rigueur des lignes et introduit un mouvement fluide, typique de cette période, où la raideur du Grand Siècle céde le pas à une recherche de grâce et de légèreté. Cette plasticité est accentuée par la rampe en fer forgé de l'escalier principal, témoignage de la finesse artisanale de l'époque, où le métal devient un ruban gracieux plutôt qu'un support austère. L'intervention de Nicolas Pineau, sculpteur-ornemaniste ami et collaborateur de Mansart de Sagonne, est un détail qui ne trompe pas. Pineau était un maître incontesté de la rocaille, capable de transformer les intérieurs en écrins de boiseries sculptées et de motifs aériens, annonçant l'intimité confortable et souvent coquette de l'art de vivre louis-quinzien. Son apport, même s'il nous est parvenu par fragments ou altérations, fut sans doute déterminant pour l'atmosphère intérieure. L'histoire du lieu est un défilé de personnalités, reflétant son prestige continu. Des ambassadeurs de Louis XV, tel le marquis de Hautefort, aux maréchaux de camp, puis au ministre Charles Lambrechts sous l'Empire et la Restauration, l'hôtel n'a cessé d'attirer une clientèle éminente. Les travaux d'agrandissement commandés en 1841 par le collectionneur Nicolas Henri Gustave Mailand à l'architecte Amable Ravoisié sont, quant à eux, un signe des temps. Le XIXe siècle, avec ses goûts éclectiques, n'a que rarement ménagé les intérieurs du XVIIIe, qu'il jugeait désuets. Il est probable que ces modifications aient altéré l'ordonnancement originel, superposant des couches de modernité à la patine du temps, avec les inévitables compromis stylistiques que cela implique. Aujourd'hui, l'Hôtel de Marsilly abrite les Archives généalogiques Andriveau. Une destinée pour le moins prosaïque pour une demeure dont les murs ont vu défiler l'ambition, le pouvoir et l'art de vivre d'une élite. Il n'en demeure pas moins un témoin précieux, bien que remanié, de l'architecture parisienne du milieu du XVIIIe siècle, offrant une élégance discrète, presque résignée, au regard attentif.