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Hôtel de Jean Galland

Hôtel de Jean Galland

8 place Foire-le-Roi, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de Jean Galland, plus précisément identifié comme l'hôtel de Philibert Babou, se présente à Tours comme l'un des rares et précieux vestiges d'une architecture de transition, celle de la Renaissance balbutiante en France. Érigé vers 1520 pour Philibert Babou, surintendant des finances du roi François Ier, l'édifice est le témoin discret d'une époque où l'aristocratie financière commençait à imprimer sa marque dans le tissu urbain, adoptant des formes nouvelles venues d'Italie mais encore empreintes d'un certain éclectisme local. Il n'est pas une réplique servile, mais une appropriation, avec ses compromis et ses audaces mesurées. Au fil des siècles, la demeure a connu une succession de propriétaires, chacun contribuant à sa physionomie actuelle. Au XVIIe siècle, les familles Roze puis Pinon laissent une empreinte notable : c'est à cette période que le grand portail sculpté et son fronton sont ajoutés, offrant une façade plus affirmée, d'une composition plus classique, contrastant avec la relative sobriété des premières élévations. La rampe en fer forgé de l'escalier principal, installée par Gatien Pinon, illustre également l'évolution des techniques et des goûts pour l'ornementation intérieure. L'hôtel est ainsi une architecture composite, un assemblage. Sa cour intérieure abrite une survivance curieuse et poignante : une galerie du XIVe siècle, dernier fragment du cloître des Augustins, détruit par les bombardements de 1940. Cette intégration d'un élément médiéval au sein d'une structure plus tardive témoigne d'une continuité historique, d'un respect ou d'une récupération opportuniste des matériaux et des formes anciennes, conférant à l'ensemble une densité narrative singulière. Au XVIIIe siècle, l'hôtel passe entre les mains de négociants avisés et de magistrats, reflétant une mutation sociale où la bourgeoisie d'affaires prend le relais de la noblesse d'épée ou de robe. Plus tard, au XXe siècle, il fut le siège de la Société archéologique de Touraine, acquisition rendue possible par la générosité d'André Goüin. Ce chapitre s'achève en 2004, lorsque la Société se désengage, non sans noblesse, pour financer la sauvegarde de la chapelle Saint-Libert. L'hôtel de Philibert Babou, bien qu'il ne s'impose pas par une monumentalité écrasante, offre une leçon d'histoire et d'architecture, révélant les strates successives de la vie tourangelle et la persistance des édifices à travers les âges et les fonctions.