45 rue des Tourneurs, Toulouse
L'Hôtel Desplats, connu aussi sous les noms de Palaminy ou Sipière, est un édifice qui illustre, par ses multiples appellations, une histoire faite de superpositions et de recompositions. Plus qu'un simple monument, il est un témoignage stratifié des fortunes et des ambitions, où chaque époque a laissé sa marque, parfois avec une délicatesse douteuse. Sa genèse remonte au début du XVIIe siècle, lorsque Jean-Pierre Desplats, un président à mortier du Parlement toulousain, entreprit d'ériger une demeure à la hauteur de sa charge. Acquérant des parcelles adjacentes, dont une portion de la ruelle de la Véronique, il fit construire entre 1620 et 1622 un hôtel qui se situait dans la transition entre la fin de la Renaissance et l'émergence du baroque, un style alors en vogue pour affirmer une certaine grandeur sans l'ostentation excessive qui caractérisera plus tard le plein baroque. L'hôtel passa ensuite à la famille de Caulet par mariage, puis fut acquis au milieu du XVIIIe siècle par Samuel Aymar de Palaminy, dont le nom s'attacha à l'édifice, signe de la continuité d'une certaine lignée parlementaire et nobiliaire. Mais c'est au milieu du XIXe siècle que l'hôtel connut sa plus radicale métamorphose. M. Sipière, nouveau propriétaire, confia à l'architecte Louis Delor de Masbou, l'homme derrière le dôme de la Grave, la tâche de repenser l'ensemble dans un esprit néoclassique. L'ancienne demeure fut alors presque entièrement démolie, une pratique courante à cette époque où le passé était souvent sacrifié au goût du jour. L'historien Alexandre Du Mège, dont la perspicacité est à saluer, réussit néanmoins à préserver quelques éléments subsistants, épargnant l'édifice d'une oblitération totale. La nouvelle façade sur la rue des Tourneurs, imposante avec ses trois étages carrés et ses six travées, exprime une monumentalité plus austère, caractéristique du XIXe siècle. Il est d'ailleurs piquant de noter que les dalles de l'escalier à vis du premier hôtel du XVe siècle servirent de dallage aux trottoirs de la voûte d'entrée actuelle, une réaffectation pragmatique du matériau noble. Au-delà de cette enveloppe néoclassique, l'œil averti discerne encore les vestiges de l'époque Desplats. Dans la cour, au-dessus du portail, se devine l'écusson martelé des Desplats, flanqué de superbes lions héraldiques et surmonté du mortier présidentiel et du manteau d'hermine, signes d'un pouvoir judiciaire ancien. Ces mouchetures d'hermine se retrouvent également sur les linteaux de certaines fenêtres dans la seconde cour et sur l'impasse Saint-Géraud, des touches discrètes qui rappellent une splendeur passée. Malheureusement, nombre des fenêtres de la façade monumentale de la cour ont été défigurées par le retrait de leurs croisillons, et celles du côté sud mutilées, des altérations qui témoignent d'une indifférence regrettable envers l'intégrité architecturale originelle. L'hôtel, après ces transformations, ne resta pas muet. En 1850, la maison d'édition Privat y installa ses bureaux, contribuant à la réédition de la prestigieuse Histoire générale de Languedoc, conférant au lieu une nouvelle aura intellectuelle avant de déménager au début du XXe siècle. Parallèlement, dès 1889, un bistrot, le célèbre Au Père Louis, s'y établit, offrant une perspective différente sur la vie de l'édifice, ancrant ce monument aux origines prestigieuses dans le quotidien toulousain. Ainsi, l'Hôtel Desplats n'est pas seulement une succession de styles, mais un répertoire d'existences, d'ambitions et de compromis, reflétant les mutations de la ville et de ses habitants.