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Église Saint-Pothin

Église Saint-Pothin

Place Edgar-Quinet, 6e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Pothin, plutôt qu'un élan spontané de dévotion architecturale, s'inscrit avec une certaine logique dans l'expansion méthodique des Brotteaux, un quartier dont l'urbanisation, dès la fin du XVIIIe siècle, répondait davantage à un plan cadastral qu'à une impulsion spirituelle. Jean-Antoine Morand avait tracé là une partition urbaine où l'édifice religieux devait structurer le parcellaire, une fonction plus ordonnancée que mystique. L'annexion forcée de La Guillotière à Lyon en 1852 a parachevé cette intégration, mais la genèse de la paroisse et la construction de l'église furent d'abord le fruit d'une patiente insistance de notables locaux, bien plus que d'une initiative ecclésiastique zélée. L'ordonnance royale de 1826 officialisa cette aspiration bourgeoise, ouvrant la voie à un projet de construction qui, comme souvent, promettait plus qu'il ne put tenir. Le concours organisé par les édiles de La Guillotière désigna Christophe Crépet, architecte-voyer et élève de Vaudoyer aux Beaux-Arts de Paris. Son projet néoclassique, exécuté entre 1841 et 1843, se voulait un hommage à la grandeur romaine. Il offrit un plan en croix latine, précédé d'un portique hexastyle d'ordre dorique, un dispositif frontal d'une gravité respectable. La nef centrale, aveugle et voûtée en plein-cintre, flanquée de collatéraux, conduit au carré du transept que couronne une coupole. L'ensemble dégage une impression de basilique romaine, nonobstant la présence discrète des transepts et la relative modestie du chœur en cul-de-four, étrangement occupé par les grandes orgues, réduisant son espace dévotionnel. L'ambition, cependant, fut mise à l'épreuve par les réalités budgétaires. Le coût initialement sous-estimé tripla, imposant des compromis qui, à la lumière de l'histoire, apparaissent comme des renoncements regrettables. La décoration du fronton triangulaire fut ajournée, et des matériaux de moindre qualité furent employés, engendrant ce que l'on qualifie pudiquement de désordres architecturaux. L'église, à peine inaugurée en 1843, connut dès 1867 une première campagne de restauration sous la houlette de Tony Desjardins, puis de Claudius Porte en 1874 et 1876-1877, témoignage éloquent des choix économiques initiaux. L'intérieur, au fil du temps, a été enrichi. La coupole arbore une fresque d'Étienne Couvert datant de 1893-1894, figurant la Vierge et les douze apôtres, complétée par une verrière de Lucien Bégule représentant la colombe du Saint-Esprit. Plus tard, en 1932, les ateliers grenoblois Balmet réalisèrent, sous la direction d'Émile Bégule, une série de vitraux aux collatéraux. Ceux-ci établissent un parallèle intéressant entre les fondateurs de l'Église de Lyon et ceux de l'Église de France, une filiation spirituelle et historique astucieusement mise en scène. Un chemin de croix monumental statufié et un bas-relief de marbre représentant la Cène dans le transept sud complètent cet agencement. Mais il est un élément qui a conféré à Saint-Pothin une résonance particulière au-delà de sa structure : ses orgues. L'instrument, fruit de reconstructions successives par des maisons réputées telles que Merklin, Ruche, et Kern, a rythmé la vie musicale lyonnaise. Dès 1945, sous l'impulsion d'Adrien Rougier, organiste titulaire et figure éminente, la tribune de Saint-Pothin devint un carrefour pour des musiciens de stature internationale. C'est ici, par exemple, que Maurice Duruflé joua en personne la première de son Requiem dans sa version pour orgue. Cette anecdote souligne le rôle culturel de l'édifice, dépassant sa fonction purement paroissiale pour s'inscrire dans l'histoire de la musique. Son inscription aux Monuments Historiques en 2007 vient, avec un certain recul, reconnaître la valeur patrimoniale d'une construction dont l'histoire, somme toute, est aussi celle de ses ajustements et de ses réappropriations.