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Caserne des pompiers de la Benauge

Caserne des pompiers de la Benauge

1 rue de la Benauge, 33100 Bordeaux, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui nous occupe, la caserne des pompiers de la Benauge à Bordeaux, s'inscrit avec une certaine gravité dans le paysage urbain de l'après-guerre. Élevée entre 1950 et 1954 sur les vestiges de l'ancienne gare de Bordeaux-État, sa conception fut confiée au trio Claude Ferret, Yves Salier et Adrien Courtois, avec l'apport notable de Jean Prouvé pour sa façade en aluminium. L'ensemble révèle une adhésion manifeste aux principes du mouvement moderne, l'esprit du Bauhaus de Walter Gropius se discernant dans la lisibilité des volumes et un fonctionnalisme sans fioritures, tandis que l'influence de Le Corbusier transparaît dans l'organisation des espaces et certains partis pris structurels. La caserne se déploie en plusieurs corps de bâtiments structurés autour d'une cour centrale, axe fonctionnel de l'activité. Le bâtiment principal, d'une hauteur respectable de 31,5 mètres, se compose de neuf niveaux, un témoignage de la verticalité recherchée par l'architecture du milieu du siècle. Le bloc des logements, quant à lui, s'installe en lisière de Garonne, s'élevant sur cinq étages. Il repose sur des pilotis, une solution constructive emblématique qui libère le rez-de-chaussée, offrant un abri aéré pour douze véhicules d'intervention et des ateliers. Ce socle ouvert crée un contraste visuel entre la légèreté de l'espace ouvert et la solidité des volumes supérieurs, dans une manifestation spatiale éloquente. La façade en aluminium de Jean Prouvé, un matériau alors résolument novateur, confère à l'ensemble une esthétique industrielle et une légèreté inattendue pour un bâtiment à la vocation si robuste. Elle incarne une modernité pragmatique, intégrant la préfabrication comme réponse aux besoins de reconstruction rapide et efficace. Ce n'est qu'avec le temps que l'on perçoit pleinement la valeur patrimoniale de cette œuvre. En 2003, une initiative de Pierre Ferret, le fils de l'architecte concepteur, a mis en lumière la nécessité de sa préservation. Cette démarche a abouti à son label « Patrimoine du XXe siècle » en 2008, puis à son inscription aux Monuments Historiques en 2014. Ce parcours de reconnaissance illustre la lente maturation de notre regard sur l'architecture du second après-guerre. La caserne, après avoir servi jusqu'en avril 2024, est désormais vouée à une reconversion, un défi classique pour ces édifices pensés pour une fonction précise. Les pistes évoquent une alliance d'hôtellerie, de restauration et de formation, soulignant la plasticité forcée de ces structures face aux impératifs économiques et urbains. Son déménagement vers la nouvelle caserne de la Bastide, présentée comme la plus grande d'Europe, n'est pas sans symbolisme, marquant une transition d'échelle et de technologie, laissant derrière elle un monument de la modernité qui attend son second souffle.