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Église Saint-Polycarpe

Église Saint-Polycarpe

25 rue René-Leynaud, 1er arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Polycarpe de Lyon, nichée sur les pentes de la Croix-Rousse, se présente à l'observateur comme une superposition architecturale plutôt que comme une œuvre d'une seule main et d'une seule époque. Ancienne église des Oratoriens installés ici dès 1642, son corps principal fut érigé entre 1665 et 1670, adoptant vraisemblablement un plan basilical classique, sobrement élevé pour le culte de l'Oratoire. Ce n'est qu'en 1756 que l'architecte Toussaint-Noël Loyer vint lui adjoindre une façade. Cette dissymétrie temporelle entre l'enveloppe et son parement extérieur est notable, signifiant peut-être des contraintes budgétaires initiales ou une évolution des canons esthétiques au fil des décennies. La Révolution, en 1793, ne laissa pas l'édifice indemne, les canons de la Convention tirant sur la Croix-Rousse y imprimant leurs cicatrices, un témoignage éloquent des bouleversements de cette période sur le bâti lyonnais. Devenue paroissiale en 1791 et dédiée à Saint-Polycarpe, l'église connut une transformation significative entre 1826 et 1836. L'architecte François-Jacques Farfouillon y mena un agrandissement audacieux, intégrant un transept, une coupole et un nouveau chœur. Cette intervention du début du XIXe siècle modifia en profondeur l'organisation spatiale intérieure, apportant une verticalité et une centralité nouvelles, rompant avec la linéarité supposée du plan oratorien originel. L'édifice devint ainsi un lieu de synthèse, où se côtoient les lignes du XVIIe, l'élégance du XVIIIe et l'ambition structurelle du XIXe siècle. Le mobilier intérieur, vaste programme décoratif du XIXe siècle, constitue à lui seul un chapitre remarquable de l'art sacré lyonnais. Sous l'impulsion de figures telles que Pierre Bossan et Tony Desjardins, dont les projets furent souvent exécutés par le marbrier Joseph Fabisch, l'espace fut doté d'éléments d'une richesse et d'une cohérence frappantes. L'orgue de Zeiger, le maître-autel de Fabisch, la chaire sculptée par Charles Dufraine et dessinée par Bossan, témoignent d'une floraison artistique locale. Cette profusion de marbres et de boiseries contraste parfois avec la retenue extérieure, conférant à l'intérieur une atmosphère plus enveloppante, plus précieuse. Il est d'ailleurs intéressant de noter que la chapelle Saint-François-Xavier abrite le cœur de la bienheureuse Pauline-Marie Jaricot, fondatrice de l’œuvre de la Propagation de la foi, ajoutant une dimension spirituelle et historique singulière à ce lieu. Moins connue du grand public, l'église a également servi de cadre à des moments musicaux notables, tel que la création de la Toccata de Maurice Duruflé par Adrien Rougier en 1939, preuve d'une vitalité culturelle persistante bien au-delà de sa fonction première. Classée monument historique, elle demeure un témoignage éloquent des multiples strates de l'histoire et de l'architecture lyonnaise.