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Pavillon d'Antoine de Navarre

Pavillon d'Antoine de Navarre

48 rue de Paris, Charenton-le-Pont

L'Envolée de l'Architecte

Le Pavillon de Charenton-le-Pont, aujourd'hui siège de la mairie, offre une illustration éloquente de l'architecture domestique parisienne du premier tiers du XVIIe siècle, un style dont la Place des Vosges demeure l'archétype le plus connu. Érigé vers 1612 pour Nicolas de Verdun, conseiller au Parlement de Paris, cet édifice se caractérise par une façade où la brique, ce matériau alors en vogue, dialogue avec la pierre de taille pour les chaînages d'angle, les encadrements des baies et le soubassement. C'est une esthétique à la fois sobre et distinguée, héritée de l'impulsion urbanistique d'Henri IV, qui conjuguait économie de moyens et dignité formelle. Le jeu chromatique entre le rougeoyant de la brique et le clair de la pierre confère à l'ensemble une élégance discrète, loin des exubérances baroques qui allaient bientôt déferler. Son articulation verticale sur quatre niveaux, incluant un étage sous combles, atteste d'une recherche d'optimisation de l'espace, courante pour les demeures de plaisance de la bourgeoisie parlementaire désireuse de s'établir aux portes de la capitale, succédant ici à une modeste Maison du Cadran dont le nom seul évoque une temporalité révolue. La désignation curieuse de Pavillon d'Antoine de Navarre pose une question d'attribution historique. Antoine de Bourbon, roi de Navarre, étant décédé un demi-siècle avant la construction de l'édifice, il est permis de conjecturer que ce toponyme résulte d'une association foncière antérieure ou d'une relecture postérieure, témoignant de la fluidité des noms et des légendes locales. L'histoire du pavillon reflète par ailleurs les mutations du tissu urbain. Son parc fut morcelé en 1828, annonçant le grignotage des grands domaines par l'expansion des villes. L'acquisition de la propriété par la commune en 1838 pour y installer l'hôtel de ville est un scénario classique : une demeure patricienne réaffectée à la fonction publique, sa grandeur passée servant désormais la dignité républicaine. L'intervention de l'architecte Léandre Gravereaux en 1880, pour agrandir le bâtiment, fut sans doute un exercice délicat, cherchant à concilier les impératifs fonctionnels d'une administration moderne avec l'intégrité d'une façade classique du XVIIe siècle. Les extensions de cette période, souvent respectueuses mais parfois assertives, peuvent créer des dialogues architecturaux plus ou moins harmonieux. Ce monument, classé dès 1862, bien avant sa transformation la plus significative, a su conserver, malgré les adjonctions et les changements d'affectation, son caractère initial, offrant aux observateurs attentifs un témoignage précieux de l'art de bâtir au seuil de l'Âge classique français.