Groslay
L'église Saint-Martin de Groslay n'offre pas l'image d'un édifice monolithique. Elle révèle à l'observateur patient une superposition de desseins, de contraintes et d'époques, formant un ensemble dont la cohérence n'est acquise qu'au prix d'une lecture attentive et de maints compromis. L'origine du site remonte au IXe siècle, un temps où Groslay, village ancien, voyait son destin lié à l'abbaye de Saint-Denis. La première mention d'un lieu de culte n'intervient qu'en 1186, bien qu'une fondation plus ancienne, peut-être romane, ait été mise en évidence par la découverte de médailles à l'effigie de Louis VIII sous un pilier. L'église actuelle s'est essentiellement construite au XIIIe siècle avec une nef et un bas-côté sud, dont les piliers cylindriques à chapiteaux de crochets stylisés subsistent, malgré les enduits du XIXe siècle qui en masquent l'authenticité structurelle. La guerre de Cent Ans laissa le village exsangue, avec une population réduite à cinquante âmes vers 1470. Il fallut attendre le XVIe siècle, sous l'égide des Montmorency, pour une reconstruction et des extensions substantielles. Une nef nouvelle fut érigée, un collatéral nord de sept travées ajouté, et le chœur roman, jugé sans doute trop modeste, fut démoli pour faire place à une abside en hémicycle. C'est ici que l'édifice révèle sa complexité stylistique : les premières ajouts affichent un gothique flamboyant, tandis que les finitions et l'abside sont résolument Renaissance. L'abside, avec son ébauche d'étage d'attique percé d'oculi elliptiques et sa frise finement ciselée, dénote une ambition architecturale certaine, contrastant avec l'austérité d'autres parties. L'extérieur de l'église, hormis la façade septentrionale relativement homogène avec ses baies en arc légèrement brisé et ses contreforts ornés d'animaux fantastiques et d'angelots datés parfois de 1542, est malheureusement le résultat de remaniements maladroits. Le porche ajouté au XVIIIe siècle devant le portail sud, destiné à renforcer un clocher jugé sans caractère dès 1742 par l'abbé Lebeuf, ou la sacristie du XIXe siècle qui obstrue une partie du chevet, sont autant de témoins d'interventions pragmatiques plus que stylistiques. À l'intérieur, malgré les disparités des campagnes de construction, une certaine harmonie a été recherchée, notamment au XIXe siècle, au prix de modernisations parfois radicales. Les chapiteaux corinthiens de la nef, copiés sur ceux de l'extension de 1542, soulèvent la question de la conservation des éléments anciens ; certains ont été retaillés, d'autres ont été purement et simplement remplacés. L'anachronisme est patent lorsque les ondulations flamboyantes se rencontrent avec les chapiteaux corinthiens de la Renaissance, soulignant les compromis financiers et les évolutions de goût qui ont jalonné l'histoire du bâtiment. Le collatéral nord offre un florilège de voûtes flamboyantes aux dessins complexes, des boucles aux étoiles, avec des clés de voûte pendantes. Il est notable de trouver des consoles Renaissance, associant feuilles d'acanthe et chérubins, à côté de piliers ondulés caractéristiques du gothique flamboyant. Cette fusion, pour ne pas dire cette collision, des styles est une constante à Groslay. La Révolution française fut particulièrement dévastatrice, entraînant la destruction presque totale du portail occidental et la fonte de la plupart des cloches. Une anecdote locale rapporte que la cloche Louise, baptisée en 1783, se fêla quatre-vingts ans plus tard en sonnant le glas de Marie-Josèphe Tétart, dont le baptême avait coïncidé avec le sien. Le XIXe siècle, marqué par les désordres structuraux, vit des réparations urgentes, souvent dictées par les restrictions budgétaires, tel ce collatéral sud du chœur reconstruit en 1818 sans voûtes, sans nervures et sans ornements, dans un style tronqué. Ce n'est qu'en 1986 que la façade occidentale retrouva une fenêtre haute et un portail, après plus de deux siècles de défigurement. La véritable richesse de l'église réside dans ses six verrières Renaissance, classées monuments historiques depuis 1897. Très restaurées et parfois composites, elles mêlent fragments des années 1520 à 1570. Parmi elles, l'Arbre de Jessé, avec ses quatre lancettes, est le plus réputé, présentant une iconographie rare avec Isaïe et Moïse. Le vitrail de sainte Barbe, datant des années 1540, illustre son martyre avec une crudité qui préfigure la fin de telles représentations après le concile de Trente. Ces verrières, patiemment recomposées, constituent un témoignage précieux des arts du vitrail à une époque charnière, invitant à une contemplation où l'histoire des formes et des techniques s'entremêle à celle des croyances et des vicissitudes humaines. Un autel moderne de 1984 intègre même un chapiteau corinthien provenant du palais des Tuileries, tandis qu'un des chapiteaux gothiques du XIIIe siècle, déposé lors des travaux du XIXe, sert de crédence, unissant ainsi les fragments d'une histoire architecturale complexe.