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Hôtel de Montplanque

Hôtel de Montplanque

1bis place des Victoires, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

La Place des Victoires, érigée en gloire à Louis XIV, se présente comme une scène urbaine dont les "hôtels" sont les figurants d'une architecture de l'ordonnance et de la bienséance. L'Hôtel de Montplanque, niché au 1bis de ce cirque de pierre, en est un exemple des plus canoniques, presque exemplaire dans sa discrète contribution à l'homogénéité du grand dessein. Datant de la fin du XVIIe siècle, son édification s'inscrit pleinement dans le classicisme alors triomphant, dicté par les canons esthétiques de l'Académie royale d'architecture et, sans doute, par les prescriptions strictes de Jules Hardouin-Mansart, l'architecte du Roi, concepteur de la place elle-même. On imagine aisément sa façade sur rue, s'intégrant sans fausse note à l'alignement général, probablement une composition en pierre de taille, rythmée par un empilement régulier de baies, peut-être agrémentée d'une modénature sobre et de ferronneries fines aux balcons, le tout couronné par une toiture à la Mansart, typique de l'époque, dissimulant les combles et assurant une parfaite uniformité visuelle. C'est là le postulat de ces "hôtels particuliers": une façade urbaine souvent retenue, presque impersonnelle, dissimulant l'opulence intérieure et la complexité des volumes de la parcelle. Car le véritable génie de l'hôtel particulier réside dans cette dialectique subtile de l'entre cour et jardin. Le corps de logis principal s'ouvre sur une cour d'honneur, espace de représentation par excellence, puis, au-delà, sur un jardin dérobé, un Eden privé échappant à la rigueur de la rue. La transition de l'espace public à l'intime se faisait par une succession de filtres : le portail cochère, le vestibule solennel, le grand escalier d'apparat, menant aux salons de réception où boiseries, stucs et tapisseries témoignaient de la fortune et du goût du commanditaire. On peut aisément postuler que l'Hôtel de Montplanque, bien que son nom n'évoque pas une lignée des plus illustres, fut la demeure d'un financier, d'un parlementaire ou d'un haut fonctionnaire de l'administration royale, désireux d'affirmer sa position sociale par l'acquisition d'une résidence dans ce quartier de prestige. Le luxe ne se trouvait pas tant dans l'exubérance extérieure, souvent contrainte par le cahier des charges de la place royale, que dans la qualité des matériaux – pierre de Saint-Leu ou de Saint-Maximin –, la finesse des décors intérieurs et l'organisation rationnelle des espaces. La classification de l'édifice au titre des monuments historiques en 1962, bien après son faste initial, est une reconnaissance tardive de sa contribution à ce grand tableau urbain. Elle fige une époque, un art de vivre, et l'ambition d'une royauté qui se voulait éternelle, même à travers les modestes, mais non moins significatifs, hôtels de ses serviteurs ou de ses obligés.