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Maison de Gilles de la Boë

Maison de Gilles de la Boë

27, 29 place Louise-de-Bettignies ; 1, 3 avenue du Peuple-Belge, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui nous occupe, communément désigné Maison de Gilles de la Boë ou, avec une certaine désinvolture, du Bon Bouillon, s'impose au regard à l'angle de la place Louise-de-Bettignies et de l'avenue du Peuple-Belge à Lille. Sa singularité réside dans son adhésion à un maniérisme flamand, style qui, au-delà de sa désignation générique, se manifeste ici par une certaine robustesse et une exubérance décorative tempérée par la tradition constructive locale. Érigée en 1636 pour un négociant en épices et étoffes, Gilles de la Boé, cette demeure témoigne d'une époque où la fortune marchande cherchait à s'afficher avec une éloquence architecturale, non sans une touche d'ostentation. Sa proximité avec l'ancien port n'est d'ailleurs pas un hasard, soulignant le dynamisme commercial qui alimentait de telles entreprises. La façade, élevée en brique et pierre, offre une composition où la dualité des matériaux ne manque pas d'intérêt. Le rez-de-chaussée, socle massif, s'ouvre sur des arcades de grès, tantôt en anse de panier, tantôt en plein cintre, conférant une assise stable et un rythme régulier à l'ensemble. Cette alternance est caractéristique d'une volonté de jouer avec les formes classiques sans toujours s'y conformer rigoureusement, une liberté maniériste en somme. L'étage supérieur poursuit ce dialogue entre plein et vide : ouvertures et niches se succèdent, couronnées de frontons qui se déclinent en formes triangulaires ou semi-circulaires. On discerne ici un certain artifice, une recherche d'effets visuels plutôt qu'une stricte adhésion aux canons de l'ordre. Le décor, abondant, est constitué de lourdes guirlandes de fruits. Ces motifs, sculptés avec une générosité qui frise parfois la surcharge, relient entre elles d'épaisses consoles. Loin de la légèreté italienne, cette ornementation pèse de tout son poids, ancre l'édifice dans un langage nordique, plus terrien. C'est une célébration de l'abondance, certes, mais aussi une démonstration de savoir-faire qui ne craint pas l'opulence. Le contraste entre la brique, matériau modeste et fonctionnel, et la pierre de taille sculptée, plus noble et expressive, souligne la tension inhérente à cette architecture. Elle devait, en son temps, marquer les esprits par sa stature et son faste, bien qu'avec le temps, elle se soit muée en estaminet, « Au Bon Bouillon », une reconversion qui, sans en effacer la grandeur initiale, lui conféra une patine d'humble convivialité. La reconnaissance de son intérêt historique par un classement en 1933 a fort heureusement préservé ce témoin d'une prospérité lilloise révolue, offrant un aperçu des ambitions architecturales des commerçants de l'époque.