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Fontaine du Pot-de-Fer

Fontaine du Pot-de-Fer

60 rue Mouffetard à l'angle de la rue du Pot-de-Fer, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

Il est curieux, pour un édifice d'une telle modestie, qu'une confusion nominale préside à sa perception par le profane, la « fontaine Mouffetard » étant en réalité celle du Pot-de-Fer, vestige d'un Paris antérieur, bien avant que la rue ne se fît le théâtre de quelque illustre défilé haussmannien. Datant de 1624, puis restaurée en 1671, sans doute sous l'égide de Michel Noblet, dont la proximité avec l'influent Michel Villedo, entrepreneur du roi, confère une certaine lignée à cette humble construction, elle n'était point une œuvre d'apparat, mais un instrument de première nécessité. Sa raison d'être résidait dans son alimentation par l'aqueduc Médicis. Cette prouesse d'ingénierie hydraulique du XVIIe siècle, initiée par Marie de Médicis pour pourvoir le Palais du Luxembourg, fut d'une portée bien plus vaste, permettant l'irrigation salutaire des faubourgs alors naissants de Saint-Médard puis de Saint-Marceau, offrant à ses riverains une source d'eau vive, un luxe rare à l'époque où l'eau de la Seine était souvent douteuse. Son architecture, d'une simplicité quasi-vernaculaire, se déploie en une double façade épousant l'angle aigu de la rue, une intégration urbaine plutôt qu'une affirmation monumentale. Elle n'a jamais cherché l'isolement d'un bloc sculptural, mais s'est fondue dans le bâti environnant. Les refends, purement décoratifs et dénués de réelle plasticité, ainsi qu'une corniche modestement ornée de coquilles, d'ondes et de volutes, révèlent une économie de moyens, une retenue caractéristique des édifices utilitaires de cette époque. L'espace laissé vide sur la partie angulaire, destiné à une hypothétique inscription jamais apposée, confère à l'ensemble une note d'inachevé, un mutisme éloquent sur des intentions premières demeurées incertaines. Sa survie aux bouleversements haussmanniens, qui n'épargnèrent que peu de vestiges de cette nature, n'est pas tant le signe d'une reconnaissance éclatante que d'une discrétion qui l'a sans doute soustraite aux ambitions démolisseuses du Second Empire. Elle fut cependant reconnue pour son pittoresque, immortalisée par les croquis de Jules-Adolphe Chauvet en 1887 et les clichés si singuliers d'Eugène Atget en 1901, attestant de son statut de relique d'un Paris ancien, chère aux esthètes sensibles à l'authenticité urbaine. Inscrite aux monuments historiques en 1925, puis intégrée à un site protégé en 1975, elle n'en conserva pas moins une certaine fragilité. Quant à son unique robinet, rue Mouffetard, qui délivrait jadis un modeste filet d'eau, sa disparition en 2018, sans remplacement, n'est qu'une épitaphe silencieuse pour un monument dont la fonction essentielle a été révoquée, le réduisant à une coquille vide, un simulacre de fontaine dont le murmure est à jamais tari.