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Château de Conflans

Château de Conflans

2 rue du Séminaire-de-Conflans, Charenton-le-Pont

L'Envolée de l'Architecte

Le destin du Château de Conflans, aujourd'hui une simple lacune topographique à Charenton-le-Pont, illustre avec une éloquence certaine la précarité du patrimoine face aux assauts conjugués du temps, des vicissitudes politiques et de la spéculation urbaine. Ce qui fut, du XIVe siècle à l'orée du XXe, une résidence d'une distinction notable, n'est plus qu'un ensemble de reliques architecturales et de souvenirs parcellaire. Essentiellement reconstruit au début du XVIIe siècle par la famille Villeroy sur les ruines d'un manoir médiéval, le Séjour de Bourgogne, le château affichait une composition classique de l'époque. Son corps de logis principal s'ouvrait sur un parc ordonnancé, flanqué d'une galerie occidentale aux baies cintrées, édifiée sur une cave voûtée, tandis que l'aile orientale abritait des dépendances et une chapelle, un agencement typique des grandes demeures de plaisance. L'intérêt résidait aussi dans la sophistication des aménagements extérieurs. Le parc déployait un double parterre symétrique, structuré par une allée d'arbres menant à un pavillon de bord de Seine, et une terrasse haute offrant une perspective sur un second parterre, plus grandiose, dont le bassin central s'alignait sur le Moulin de Quiquengrogne. Cet axe visuel, confrontant la majesté d'un jardin classique à la simplicité d'une infrastructure meunière, révélait une certaine impertinence dans le dessin paysager, une dualité alors recherchée. Il convient de noter l'ingéniosité du système hydraulique, alimenté par la Seine, qui insufflait l'eau aux fontaines et bassins, témoignant des avancées techniques au service de l'agrément. L'une des fontaines, dotée d'un jet d'eau en forme de pyramide dans le bosquet nord, soulignait ce goût pour la mise en scène aquatique. Madame de Sévigné, dans une de ses épîtres du 7 octobre 1676, ne manqua pas de louer ces six fontaines admirables, preuve de leur réputation et de leur performance technique. L'histoire du lieu est un kaléidoscope de propriétés illustres. De la comtesse Mahaut d'Artois au XIVe siècle, qui fit agrandir ce logis fortifié, aux ducs de Bourgogne, dont Charles le Téméraire y signa le fameux traité de Conflans, le site fut un témoin privilégié de l'histoire de France. Puis, après une période d'abandon et de démembrement, les Villeroy, en dignes mécènes de l'ère Henri IV, en firent un écrin où Ronsard aurait séjourné. Le Cardinal de Richelieu y aurait même apposé sa signature aux actes fondateurs de l'Académie française en 1635, un fait souvent ignoré mais non dénué d'intérêt. Molière lui-même et sa troupe y donnèrent une représentation de la Critique de l’école des femmes devant la cour, attestant du prestige culturel du site. Acquis par l'archevêque de Paris en 1673, le château devint une maison des champs ecclésiastique jusqu'à la Révolution, traversant les siècles en s'adaptant à ses occupants. Le XIXe siècle amorça la fragmentation. Confisqué puis morcelé en biens nationaux, il subit les outrages du temps et des troubles sociaux, telle l'aile orientale saccagée lors des émeutes de 1830. La Loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État signa le coup de grâce pour cette partie, transformée en séminaire avant d'être séquestrée puis détruite, laissant place à des terrains de sport puis, ironie du sort, à des immeubles HBM (Habitations Bon Marché). L'aile occidentale, dernière survivante dans les mains de la famille Hartmann, connut une fin tout aussi inglorieuse, abandonnée, convertie en cité de transit, ultime dégradation avant sa démolition en 1966 pour laisser place à une promotion immobilière plus prosaïque. Il ne subsiste aujourd'hui que le portail d'entrée, œuvre de Pierre Desmaisons de 1777, restauré en 2006, et un escalier Renaissance, solitaire vestige d'une grandeur passée, comme une note de bas de page à une histoire effacée par l'amnésie constructive.