10 place des Victoires 8 rue des Petits-Pères, Paris 2e
La Place des Victoires, avec son ordonnance implacable et sa prétention à l'unité monumentale, fournit le cadre à cet Hôtel Gigault de La Salle. Érigé à la fin du XVIIe siècle, au numéro 10, il s'inscrit dans cette ambition collective de façade, orchestrée par Hardouin-Mansart pour la gloire du Roi-Soleil, plus que par une quête de singularité architecturale. L'édifice, de pierre de taille comme l'ensemble, présente une rigueur classique typique de l'époque. Sa façade principale, rythmée par des travées régulières, des fenêtres à encadrements sobres et une modénature discrète, participe à cette homogénéité forcée où le plein des murs et le vide des baies s'équilibrent dans une conformité irréprochable. L'extérieur est une expression de la bienséance, une carapace civile s'intégrant sans fausse note à la partition d'ensemble. L'intérieur, sans doute, abritait des espaces plus personnels, organisés autour d'une cour d'honneur et d'un jardin, selon la disposition canonique des hôtels particuliers parisiens. Les matériaux, la pierre pour la structure, l'ardoise pour les toitures, relèvent d'une probité constructive, sans exubérance superflue. La construction de ces hôtels était souvent dictée par les impératifs financiers des grands commis ou des financiers du royaume, soucieux d'afficher une respectabilité à la mesure de leur fortune, même si l'éclat de la façade pouvait parfois masquer des compromis budgétaires à l'arrière. L'hôtel connut, au gré des successions ou des ventes, les appellations d'André d'Arbelles ou de Biliotti, témoignant de ces pérégrinations du capital et des noms qui s'y sont succédé. Il fut la résidence de familles cherchant à s'ancrer dans le prestige d'une place royale, symbolique d'une ascension sociale. Sa classification au titre des monuments historiques en 1962 ne vient pas saluer un chef-d'œuvre isolé, mais plutôt confirmer la valeur patrimoniale de sa contribution à un ensemble urbain cohérent, reflet d'une époque et d'une conception de l'urbanisme où l'individualité s'efface devant la magnificence de l'État.