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Palais archiépiscopal(Palais St Jean)

Palais archiépiscopal(Palais St Jean)

Avenue Adolphe-Max, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

Le Palais archiépiscopal de Lyon, ou Palais Saint-Jean, se présente comme un organisme composite, témoin d’une permanence institutionnelle et des inévitables adaptations aux vicissitudes des époques. Son origine se perd dans les brumes médiévales, avec une première domus ecclesiae dont la localisation exacte demeure sujette à l’hypothèse, malgré les références de Grégoire de Tours et Leidrade. Le bâti actuel, quant à lui, émerge concrètement sous l’épiscopat de Humbert, qui dota l'ensemble de deux tours. La tour nord subsiste encore, défiant les siècles, tandis que sa jumelle méridionale fut discrètement écrêtée, un geste architectural qui suggère des compromis ou des réajustements structurels au fil du temps. Les ajouts successifs, tels l’atrium et la chapelle décorée par Hugues de Die, ou la galerie supérieure de Josserand en 1118, manifestent une progressive sophistication des espaces. Pierre I, quelque vingt ans plus tard, suréleva l’édifice d’un second étage, signe d’une ambition spatiale croissante. Cependant, l’intérêt pour le site s’évanouit lorsque Renaud de Forez édifia le château de Pierre Scize, délaissant le Palais Saint-Jean pour de longs siècles, illustrant la volatilité des centres de pouvoir. La Renaissance, avec le retour contraint des archevêques suite à la réquisition royale de Pierre Scize, vit Charles de Bourbon entreprendre, vers 1466, une rénovation substantielle. Il s’agissait alors de 'mettre au goût du jour' cette ancienne demeure, un euphémisme pour une mise en conformité avec les canons esthétiques de l'époque. Un grand corps de bâtiment fut érigé le long de la Saône, redéfinissant la relation de l’édifice avec le fleuve. Une chapelle fut adjointe au chevet de la cathédrale, et la rue des Estrées se trouva couverte d’une terrasse, créant des continuités et des ruptures inédites dans le tissu urbain. Des éléments plus anecdotiques, comme une guérite sur la façade fluviale ou une porte monumentale au nord-ouest, rappellent l’importance de la représentation et de la défense, même au sein d'une esthétique renouvelée. Confisqué lors de la Révolution, le palais perdit sa vocation ecclésiastique pour embrasser des fonctions plus prosaïques. Après avoir accueilli les archives municipales en 1974, il abrite aujourd’hui l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon ainsi que la bibliothèque du 5e arrondissement. Cette inscription au titre des monuments historiques depuis 1952 atteste d’une reconnaissance tardive mais nécessaire de son stratifié historique, offrant un aperçu des continuités et des ruptures qui façonnent l'histoire architecturale lyonnaise.