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Basilique Sainte-Clotilde de Paris

Basilique Sainte-Clotilde de Paris

23bis rue Las-Cases, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

La basilique Sainte-Clotilde, dressée avec une certaine assurance architecturale sur le parvis Maurice-Druon, représente une incarnation précoce, et non sans curiosité, du néogothique à Paris. Si l'on considère la prédilection française pour d'autres formes de revivalisme ou l'émergence des styles haussmanniens contemporains, cette fidélité au répertoire médiéval, adoptée dès les années 1840, n'en demeure pas moins un choix stylistique marquant, même si certains pourraient y voir une forme de persistance à l'historicisme plutôt qu'une véritable audace créatrice. Son histoire n'est pas moins sinueuse que la ligne de ses contreforts. Initialement envisagée dès 1825 pour pallier la démolition de chapelles antérieures, puis baptisée Saint-Charles en l'honneur d'un monarque éphémère, le projet connut une gestation prolongée, soumise aux aléas des politiques urbaines et ecclésiastiques. Ce n'est qu'en 1846, sous l'impulsion de la reine Amélie du Portugal, que le nom de Sainte-Clotilde fut définitivement retenu, symbolisant une certaine réappropriation nationale du passé royal. L'architecte François-Christian Gau, originaire de Cologne, en dessina les plans et amorça la construction. Son décès prématuré en 1854 laissa la charge à Théodore Ballu, qui mena l'œuvre à son terme en 1857. Cette succession d'architectes, si elle ne rompt pas l'unité stylistique, témoigne d'une continuité dans l'exécution plutôt que d'une vision unifiée et inaltérable. L'édifice, long de 96 mètres et large de 38, se distingue par ses deux flèches s'élançant à 70 mètres, conférant au quartier une verticale inattendue. L'empreinte de Gau est particulièrement lisible dans le chœur, où l'on perçoit une référence explicite à l'architecture de la cathédrale de Cologne. Ce tropisme germanique, assumé et intégré au cœur de Paris, révèle une forme d'académisme qui ne craint pas l'emprunt direct. À l'intérieur, la lumière, bien que tamisée par les vitraux d'Émile Thibaud, révèle un programme iconographique dense, allant des peintures de Jules-Eugène Lenepveu aux sculptures de James Pradier et Francisque Duret, ainsi que le cycle d'Eugène Guillaume illustrant la vie de sainte Valérie. L'ensemble, clair et ordonné, participe d'une esthétique didactique, propre au renouveau de l'art sacré de l'époque. Mais peut-être le véritable monument de Sainte-Clotilde réside-t-il moins dans sa pierre que dans ses sonorités. L'orgue Cavaillé-Coll, installé dès 1859, est de ceux qui confèrent à l'édifice une renommée distincte. Il fut, en effet, l'instrument de César Franck, dont la figure est célébrée par une statue sur le parvis. Ses innovations musicales se sont épanouies dans ce cadre néogothique, offrant une dialectique fascinante entre la rigidité structurelle et la fluidité sonore. Cet orgue, maintes fois restauré et augmenté, compte aujourd'hui 71 jeux, attestant de son importance continue. Par ailleurs, l'Abbé Arthur Mugnier, vicaire notoire, surnommé le « confesseur des duchesses », ancre la basilique dans l'histoire mondaine du Faubourg Saint-Germain, mêlant ainsi le sacré au profane avec une élégance toute parisienne. Il est également notoire que la façade de Sainte-Clotilde inspira Léon Vautrin pour la cathédrale du Sacré-Cœur de Canton, prouvant qu'un modèle, fût-il rétrospectif, peut traverser les continents et les cultures avec une inattendue résilience. C'est en 1898, à l'occasion du 14e centenaire du baptême de Clovis, que l'église fut élevée au rang de basilique mineure par Léon XIII, une distinction soulignant son rôle liturgique plutôt que son originalité architecturale.