4 rue de l'Église, Montfermeil
Le Château des Cèdres, modeste appellation pour une demeure sise en Seine-Saint-Denis, offre un cas d'étude intrigant sur l'évolution de la propriété résidentielle française. Érigé au XVIIe siècle par un Néret, alors Trésorier de France, l'édifice s'inscrivait probablement dans la tradition des maisons de plaisance, ces architectures de villégiature qui ponctuaient les abords de la capitale. Il ne s'agissait point d'une forteresse médiévale, mais d'une construction plus légère, peut-être en brique et pierre, privilégiant la symétrie classique et un certain art de vivre, typiques du Grand Siècle naissant. Sa fonction première, celle de consolider le statut d'un officier royal, fut rapidement transmuée en 1736 par l'acquisition par Anne-Marie de Nesmond, maîtresse du Duc de Montmorency, conférant au lieu une dimension plus mondaine, voire discrète, loin des fastes officiels, où les murs devaient se faire les confidents de stratégies amoureuses ou de manœuvres d'influence. Les architectures des favorites du Régent ou des grands seigneurs du XVIIIe siècle s'attachent souvent à l'intimité raffinée, loin des rigueurs du paraître public. Les intérieurs, dès lors, privilégiaient la commodité et le détail ornemental à la grandeur ostentatoire. Quant aux « Cèdres », ces essences, alors encore exotiques et coûteuses, signalent déjà une attention particulière portée aux aménagements paysagers. Le XIXe siècle apporta son lot de transformations sous l'égide de Madame de Fleurieu. L'« aménagement » évoqué ne fut sans doute pas qu'une simple réfection. Il s'agissait d'adapter les espaces aux canons de confort et d'intimité bourgeois de l'époque, peut-être par l'intégration de boiseries, l'ajout de cheminées plus ornementées, ou la refonte des jardins selon les principes paysagers alors en vogue. Mais c'est l'intervention de Jules Formigé, Architecte en chef des Monuments Historiques, qui retient l'attention critique. Formigé, connu pour ses restaurations souvent ambitieuses, voire interprétatives, confrontait le dilemme de l'authenticité et de la restitution. Que décida-t-il de sauver ou de recréer ? S'est-il efforcé de retrouver une pureté classique du XVIIe, ou a-t-il respecté les sédimentations du XIXe ? L'absence de précisions sur l'étendue de sa campagne laisse le champ libre à l'hypothèse d'une réinterprétation savante, potentiellement empreinte de la vision historiciste propre à son époque, où la ruine était moins valorisée que la re-création d'un état jugé idéal. On peut imaginer qu'il a tenté de redonner au château une certaine dignité formelle, peut-être en rétablissant des ouvertures, en purgeant des ajouts disgracieux, ou en harmonisant des façades disparates, dans cette quête du 'style' qui caractérisait nombre de ses contemporains. Le rachat par la ville en 1994 scelle le destin public de cette demeure, la soustrayant aux caprices des propriétaires privés. Il est probable que ce « château » serve désormais un dessein communautaire, culturel ou administratif. Son intérêt architectural réside moins dans une splendeur éclatante que dans sa capacité à incarner les strates successives de l'histoire résidentielle française, du paraître du Trésorier aux mondanités discrètes, puis au confort bourgeois, avant de trouver une utilité civique, tel un palimpseste architectural au cœur de Montfermeil. Il demeure un exemple, parmi tant d'autres, de ces édifices qui, sans faire les gros titres, contribuent à la richesse discrète du patrimoine territorial.