Hédouville
L'église de la Sainte-Trinité, ou du Saint-Sauveur, à Hédouville, se présente comme un spécimen modeste mais persévérant de l'architecture rurale, dont la première pierre du vaisseau central fut posée vers les années 1230 ou 1240. Elle témoigne d'une simplicité originelle, n'ayant jamais été soumise à des remaniements ostentatoires qui auraient pu en altérer le caractère premier. Inscrite aux monuments historiques en 1926, elle demeure une présence discrète dans le Vexin français, où son chevet donne sur la rue de l'Ancien Moulin et son portail occidental, accessible après une douzaine de marches, sur la rue de l'Abreuvoir. Son plan, d'une grande économie, se compose d'une nef de deux travées, sans voûte, et d'un chœur carré, voûté d'ogives, prolongé au nord par une chapelle seigneuriale du XVIe siècle. Cet arrangement traduit une évolution typique des édifices paroissiaux, souvent augmentés au gré des fortunes locales. À l'extérieur, la façade occidentale, épaulée par des contreforts qui semblent avoir été remaniés après le XIIIe siècle, affiche une maçonnerie en moellons irréguliers. Le portail en tiers-point, dont Louis Régnier avait relevé le tracé gauche, révèle une architecture et une sculpture de village, sans prétention. Les colonnettes grêles, dont l'une seule conserve son chapiteau aux feuilles recourbées d'une simplicité rustique, confirment cette observation. Le linteau refait en béton et un tympan appareillé, vraisemblablement non d'origine, achèvent de souligner les interventions successives et souvent pragmatiques. Les murs gouttereaux, également en moellons irréguliers, sont couronnés d'une corniche abattue en biseau, dépourvue de toute ornementation, affirmant une absence de fioritures. Les contreforts à l'intersection de la nef, étrangement similaires à ceux de la façade, suggèrent un projet initial de voûtement pour la nef, resté à l'état d'intention. À l'intérieur, la nef se réduit à une salle rectangulaire aux murs enduits et blanchis à la chaux, coiffée d'un plafond en bois plâtré. L'arc triomphal, initialement en tiers-point mais aujourd'hui déformé, révèle une facture composite. Ses supports, avec des tailloirs retaillés et des corbeilles de chapiteaux arasées, témoignent d'une histoire tourmentée. La présence de colonnettes aplaties engagées dans des dosserets, ces derniers adossés à des pilastres, indique une certaine complexité de dessin, même si l'exécution fut ensuite simplifiée. Louis Régnier y voyait l'indice d'un voûtement de la nef envisagé. Le chœur, lui, conserve des ogives à l'arête entre deux tores, et une clef de voûte en petite rosace, caractéristique du début du XIIIe siècle. L'éclairage, aujourd'hui par une unique fenêtre sud en plein cintre, remplace un triplet originel au chevet, dont la disparition au profit d'un retable sans intérêt, lui-même évaporé, est une illustration des modes et des restaurations hâtives. La chapelle latérale, percée au milieu du XVIe siècle dans le mur septentrional du chœur, s'ouvre par une arcade simplement chanfreinée. Sa clôture en bois tourné, datant de la Renaissance (vers 1560-1610), avec ses balustres et ses arcatures, représente un élément de mobilier d'un certain intérêt, bien que l'ensemble n'ait pas été classé. Les chapiteaux des colonnettes intérieures de la chapelle, certains ornés de rosaces évoquant les frises doriques, d'autres demeurés frustes, illustrent une ambition inégale ou un travail inachevé. Les ogives, sommairement taillées en biseau, confirment cette sobriété. Le mobilier de l'église, réputé pauvre, inclut des fonts baptismaux monolithiques du XIVe au XVIe siècle, d'un type rare mais à l'intérêt artistique limité. La statue de la Vierge à l'Enfant du XIVe siècle, à la silhouette mince et figée, occupe une niche de la nef. Une dalle funéraire du XVIIe ou XVIIIe siècle, désormais indéchiffrable, rappelle la fugacité des mémoires. La cloche actuelle, Germaine, fondue en 1888 par Crouzet-Hildebrandt à partir des matériaux de son ancêtre de 1660, est un exemple touchant de pérennité matérielle. Cette église, qui n'accueille plus de messes dominicales qu'irrégulièrement, demeure un témoignage précieux de l'humble architecture religieuse française, non pas par son éclat, mais par son obstination à traverser les siècles, portant les marques de son passé sans fard, avec une sincérité rare.