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Fontaine du Palmier

Fontaine du Palmier

Place du Châtelet, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

On observe, au milieu de l'agitation singulière de la place du Châtelet, cet obélisque d'un genre particulier, la Fontaine du Palmier. Son érection, voulue par Napoléon Ier en 1806, illustre cette dualité caractéristique de l'Empire : la grandiose commémoration des triomphes militaires se conjuguant, avec une certaine pragmatique, à la distribution de l'eau salubre aux Parisiens. Un compromis typique d'une époque où l'utilité publique devait aussi servir le prestige. L'ingénieur François-Jean Bralle fut chargé de sa réalisation. Terminée dès 1808, l'œuvre relève d'une esthétique néoclassique épurée, bien que chargée de symbolisme. Le fût, d'une verticalité ascendante, est en effet moins un arbre qu'une stèle épigraphique. Il y est gravé, avec un pédantisme martial certain, les noms de batailles emblématiques : Lodi, les Pyramides, Marengo, Ulm, Dantzig. Une sélection, non exhaustive certes, mais suffisante pour ancrer dans la pierre le récit d'une gloire éphémère. Au sommet, se déploient les feuilles de palmier qui lui ont donné son nom, un motif exotique et légèrement incongru sous le ciel parisien, sans doute un écho lointain des campagnes égyptiennes de l'Empereur. Surplombant l'ensemble, la Victoire en bronze doré de Louis-Simon Boizot, drapée dans sa tenue antique, brandit les lauriers. L'œuvre, aujourd'hui une copie installée en 1898, l'original ayant émigré dans la cour dite de la Victoire du musée Carnavalet – une destinée commune aux pièces ornementales des monuments urbains, souvent déplacées, remplacées, ou muséifiées. Au pied de la colonne, quatre figures allégoriques de Boizot – la Vigilance, la Justice, la Force et la Prudence – complètent ce programme iconographique. Des vertus cardinales censées soutenir un régime où la force prime souvent sur la subtilité. Mais la ville, sous le Second Empire, ne souffrait guère d'immobilité. Lorsque le baron Haussmann entreprit de remodeler Paris, la fontaine, à peine un demi-siècle après son achèvement, fut jugée mal positionnée. En 1858, elle subit donc un déplacement des plus pragmatiques : douze mètres vers l'ouest, recentrée sur la nouvelle place élargie. À cette occasion, Gabriel Davioud, maître d'œuvre du Paris impérial, lui adjoignit un bassin inférieur et quatre sphinx d'Henri-Alfred Jacquemart crachant des jets d'eau. Une addition qui, si elle ancre davantage le monument au sol et accentue sa monumentalité, marque également une réinterprétation du style initial, ajoutant une touche égyptisante plus prononcée, presque une redondance avec le motif du palmier et des Pyramides gravées sur le fût. C'est le destin de nombre de ces œuvres publiques : être perpétuellement réévaluées, déplacées, ou adaptées aux nouvelles esthétiques et aux nouvelles exigences urbaines, jusqu'à perdre parfois leur pureté originelle pour devenir des palimpsestes historiques. Inscrite monument historique en 1925, elle persiste, témoin silencieux des empires successifs et des réaménagements urbains, offrant toujours son eau et ses inscriptions à l'indifférence générale.