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Groupe scolaire Jules-Ferry

Groupe scolaire Jules-Ferry

216bis-218 rue Jean-Jaurès, Maisons-Alfort

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du Groupe scolaire Jules-Ferry, amorcée vers 1927 à Maisons-Alfort, illustre une réponse des plus pragmatiques aux impératifs démographiques de l'entre-deux-guerres. La municipalité, sous l'égide de son maire Léon Champion, fit alors le pari, audacieux pour l'époque, d'une architecture résolument moderne pour ses établissements éducatifs. Les projets des architectes André Dubreuil et Roger Hummel, tous deux distingués par de seconds Grands Prix de Rome, furent retenus – une donnée qui n'est pas sans ironie, ces lauréats de la tradition Beaux-Arts se tournant ici vers des références modernistes allemandes et hollandaises. Cette synthèse, souvent observée à cette période, conjugue une organisation spatiale héritée du classicisme à une esthétique plus novatrice, évitant ainsi la rupture radicale mais cherchant une forme d'originalité fonctionnelle. Le Groupe scolaire Jules-Ferry, achevé en 1932 et revêtue de brique, s'inscrit dans cette mouvance, manifestant une certaine retenue dans sa matérialité comparée à l'éclat plus affirmé de son jumeau Condorcet. L'ensemble déploie une esthétique dite paquebot, caractérisée par ses fenêtres à hublots et ses volumes subtilement décrochés, conférant à l'édifice une allure de progressisme dynamique. L'affirmation de Roger Hummel en 1938, promettant une école saine et joyeuse, trahit un optimisme hygiéniste et pédagogique caractéristique du temps. Les vastes baies vitrées et les terrasses-solariums, destinées aux classes de plein air et à la gymnastique, ne sont pas de simples caprices formels, mais des réponses concrètes aux préoccupations sanitaires et éducatives, traduisant l'idéal républicain d'une jeunesse forte et éclairée. Cette qualité spatiale et l'équilibre des proportions ont d'ailleurs valu à ces architectures d'être rapidement des modèles du genre et de faire l'objet de nombreuses publications, attestant de leur pertinence et de leur influence. L'attention portée aux détails et l'intégration des arts décoratifs sont notables. Le porche d'entrée de Jules-Ferry est orné des sculptures de Maurice Saulo, un autre Prix de Rome, illustrant les Contes de Perrault, tandis que les ferronneries de Gilbert Poillerat, avec leurs motifs didactiques célébrant les sciences et les arts, encadrent les accès, manifestant une volonté d'élever l'esprit dès le seuil franchi. Cette collaboration entre artistes et entrepreneurs d'envergure, tel Schwartz-Hautmont pour les menuiseries métalliques ou Pierre Lardin pour les verres gravés, dénote un budget conséquent – 11 millions de francs sur cinq ans – et une ambition certaine. L'inauguration en 1935 par Pierre Laval, alors ministre des Affaires étrangères, ajoute une légère pointe d'ironie historique à la célébration d'une modernité éducative, rappelant les trajectoires parfois sinueuses des figures politiques de l'époque. La reconnaissance patrimoniale, tardive mais méritée, par l'inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 2002 pour Jules-Ferry, témoigne d'une réévaluation de ces édifices, longtemps sous-estimés, comme des jalons essentiels de l'architecture scolaire française.