25 à 35,rue du Général-Leclerc17 à 23, rue Minard, Issy-les-Moulineaux
Le Séminaire Saint-Sulpice, en sa localisation actuelle d'Issy-les-Moulineaux, est moins une œuvre architecturale unifiée qu'un palimpseste historique, résultat d'une série de sédimentations et de ruptures, notablement celle de 1905 qui l'extirpa de son ancrage parisien. Ce déplacement, loin d'être anodin, confère au site une aura de résilience, une capacité à se reconstituer loin des fastes initiaux, dans un pragmatisme que l'on pourrait juger salutaire. Son histoire se déploie à partir d'un logis seigneurial de Marguerite de Valois, acquis en 1606, qui pose les premières assises d'un domaine dont la pérennité jusqu'à nos jours est, il faut bien le dire, remarquable. Sous l'égide des Sulpiciens, dès 1655, le lieu devint non seulement un asile de repos mais aussi un centre d'études, témoin des fameux « entretiens d'Issy » (1694-1695) où Bossuet et Fénelon joutèrent, sous le regard du cardinal de Noailles – un épisode qui ancre le site dans une tradition intellectuelle et théologique de haute volée. La succession de figures illustres, de Talleyrand à Ernest Renan, lequel y passa un temps avant de prendre ses distances avec l'institution et la foi, confère à ces murs une résonance particulière, celle d'un creuset où les vocations se forgeaient ou, parfois, se brisaient. Architecturalement, le complexe présente une curieuse hétérogénéité. Il conserve des éléments anciens d'une grâce certaine, tel le nymphée d'inspiration italienne du XVIIe siècle, où l'eau jouait jadis son rôle décoratif et allégorique, et un bassin circulaire du XVIIIe. Ces vestiges dialoguent avec des reconstructions plus récentes, souvent dictées par les destructions des Révolutions successives et de la Commune. La grande chapelle, érigée entre 1898 et 1901 par Édouard Bérard, avec ses vitraux de Félix Gaudin et Léon Tournel, présente une facture fin de siècle qui rompt avec les élégances classiques du nymphée. Les pierres des carrières de Fleury à Clamart, utilisées pour les nouvelles constructions, traduisent une volonté pragmatique et une inscription territoriale. Mais l'élément le plus saisissant réside sans doute dans la crypte de cette grande chapelle. On y a reconstitué une partie du mur du chemin de ronde de la prison de la Roquette, devant lequel furent fusillés les otages de la Commune en 1871, incluant les cellules de l'archevêque Darboy et du séminariste Paul Seigneret. Cette préservation macabre, quasi muséale, offre une méditation singulière sur la violence de l'histoire et la permanence d'une institution confrontée aux drames de son temps. Le Séminaire Saint-Sulpice n'est donc pas tant un fleuron architectural qu'un témoin de l'histoire, un lieu où le sacré et le profane se sont continuellement confrontés, se reconstruisant sans cesse, dans une discrétion studieuse qui est devenue sa marque de fabrique après le fracas de son expulsion parisienne. Son impact se mesure moins à sa splendeur qu'à la lignée ininterrompue d'érudits, de saints et d'hommes de conviction qu'il a formés, de Jean-Baptiste de La Salle à Michel de Certeau, dont la liste exhaustive suffit à attester de son influence profonde et constante sur la vie spirituelle et intellectuelle française.