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Passage Molière

Passage Molière

82 rue Quincampoix 157, 159, 161 rue Saint-Martin, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

Le Passage Molière, modeste artère piétonne du 3e arrondissement, ne se manifeste pas par une grandiloquence architecturale, mais plutôt par cette capacité intrinsèque du tissu parisien à créer des respirations interstitielles. Il relie sobrement la rue Saint-Martin à la rue Quincampoix, s'offrant comme une traversée fonctionnelle. Ses extrémités s'aménagent en porches, soulignant un passage du dense au plus dégagé, quand bien même la majeure partie de son linéaire reste à ciel ouvert. On y observe un sol pavé, astucieusement incliné pour y aménager un ruisseau central – une disposition vernaculaire, pragmatique, mais d'une certaine élégance dans sa simplicité. La numérotation des immeubles, serpentine et non conforme aux conventions parisiennes, trahit une genèse plus organique qu'ordonnée, une évolution qui se plie aux caprices du bâti plutôt qu'à une planification rigoureuse. Son appellation, Passage Molière, est un héritage direct de l'éphémère Théâtre Molière, érigé avec une célérité remarquable en 1791 par le citoyen Boursault-Malherbe, acteur et Conventionnel. Ce théâtre, bien que populaire, se targuait d'un certain faste et d'un répertoire ouvert sur l'Europe, manifestant une ambition culturelle certaine en pleine effervescence révolutionnaire. Sa fermeture, contrainte par le décret impérial de 1807 limitant drastiquement le nombre de scènes parisiennes, illustre la fragilité des entreprises culturelles face aux décrets d'État. Il connut ensuite une seconde vie moins illustre, mais non moins vivante, en tant que salle de bal, avant de se muer en la Maison de la Poésie que nous connaissons. On notera, au passage, les dénominations transitoires de « passage des Sans-Culottes » ou « passage des Nourrices » durant la Révolution, témoignages éloquents des mouvances idéologiques et sociales qui traversaient la ville. Inscrit au titre des monuments historiques en 1984, ce passage a bénéficié d'une rénovation substantielle entre 2017 et 2022, sous l'égide de Paris Habitat. L'ambition affichée était de transformer ce lieu en un pôle d'attractivité, combinant logements sociaux et commerces, dont le Café de la Poésie. Il est cependant curieux de constater que, malgré ces louables intentions et l'investissement, les difficultés commerciales n'ont pas tardé à se manifester, menant à des fermetures, dont celle du Café de la Poésie lui-même en 2024. C'est là une illustration fréquente de la dialectique complexe entre la volonté de réanimation urbaine et les réalités économiques et sociales. Un lieu peut être classé, restauré avec soin, paré de nouvelles fonctions, sans que son intégration dans le tissu vivant de la ville ne soit pour autant garantie, laissant parfois les ambitions de renaissance se heurter aux froides données du commerce.